Série sur le Bastar – Partie 3 – Le mouvement maoïste à l’âge des pracharaks (1), du pillage et de la guerre d’entreprise

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En 2014, Gautam Navlakha, journaliste et militants pour les droits de l’homme, a publié une série de quatre articles sur les conditions de vie, les luttes, la résistance et la répression dans le Bastar. Le Bastar est une région tribale du Chhattisgarh où le PCI(maoïste) est entré en 1980 pour y créer un puissant mouvement qualifié aujourd’hui par New Delhi de “plus grande menace pour la sécurité intérieure de l’Inde”. Les quatre essais de Gautam Navlakha étant plus que jamais d’actualité, nous vous en proposons aujourd’hui une traduction en français. Notez qu’aujourd’hui, les maoïstes occupent toujours le Bastar et que la répression s’y intensifie de jour en jour, visant tant les guérilleros que leurs sympathisants et les autochtones.


“La recrudescence des redditions de maoïstes dans le Bastar ces trois derniers mois est assez encourageante pour nous”, affirme un officier de police anonyme à Asian Age (7 octobre 2014). “Mais en même temps, nous sommes perplexes ainsi que déçus que les Naxals préfèrent se rendre sans armes”. C’est intriguant. Qu’est-ce que le terme “préfèrent” signifie? Tout spécialement alors que le gouvernement d’état a doublé la récompense financière. L’argent qui règle tout et tout le monde n’a, d’une manière ou d’une autre, pas si bien fonctionné ici. Pourquoi? Avaient-ils le choix de ne pas faire cela et de “préférer” cette tournure? Cela pourrait-il vouloir dire que ceux qui se rendent volontairement gardent des vestiges de loyauté pour le parti? Ou était-ce censé soulever la question de savoir si ceux qui se rendent sont si “purs et durs” que ce qu’ils ne le disent? Pour un soldat, déposer les armes, cela signifie abandonner. Si les maoïstes sont tous armés, pourquoi autant d’entre eux ne déposent pas les armes alors qu’ils se rendent soi-disant volontairement? Quoi que cela puisse signifie, cela contredit Shivram Kalluri, inspecteur général (naxal) qui a dit à The Hindu (15 septembre 2014) que 140 maoïstes s’étaient “rendus” avec leurs armes! Même le ministère de l’Intérieur accepte cela, selon les médias du 14 octobre citant un fonctionnaire. Qui est avare de vérité? L’officier de police anonyme semble davantage crédible parce qu’il questionne la version officielle à propos du flot de redditions maoïstes avec leurs armes alors que l’humeur dominante est hostile à toute remise en question de la version officielle. Peu sont ceux qui, dans les médias, soulèvent des questions quant à l’authenticité des déclarations faites par les fonctionnaires en toutes circonstances. Tout ceci pris en considération, l’officier de police anonyme soulève, dans ce processus, la question de la “reddition” elle-même.

Le ministère des Affaires Intérieures de l’Union a affirmé que 395 maoïstes s’étaient rendus au 30 septembre 2014. Parmi ceux-ci, 221 rien que dans le Bastar (Chhattisgarh)! Jusqu’à la fin du mois de mai, seul 11 “redditions” ont eu lieu, tandis qu’entre fin mai et le 8 octobre 2014, 210 “redditions” ont été enregistrées! Le Bihar et le Jharkhand ont rapporté 4 et 17 redditions, tandis que l’Andhra Pradesh en a annoncé 76! Ce remarquable exploit dans le Chhattisgarh fut accompli à partir de la fin du mois de mai lorsqu’un nouvel inspecteur général fut nommé en charge de tous les effectifs engagés dans les opérations anti-naxales (2). En outre, rien que dans les districts de Sukma et de Kondagaon, 50 et 67 personnes se sont “rendues”.

La tragédie de la “reddition” n’a rien de neuf. Nous l’avons vécue au Cachemire, dans le nord-est et dans le centre de l’Inde ces dernières décennies, ainsi que plus récemment dans le Jharkhand.

Dans le Sunday Express (20 juillet 2014; “CBI must probe ‘fake’ Naxal surrenders”), Deepu Sebastian Edmond a rapporté qu’un ancien fonctionnaire de la Military Intelligence et des officiers de la CRPF avaient “faussement projeté” que 150 jeunes Adivasis s’étaient rendus en 2011 dans le Jharkhand. L’enquête menée a révélé que les jeunes avaient été trompés par une promesse d’emploi dans les forces paramilitaires et avaient payé entre 55.000 et 150.000 roupies (entre 730 et 2000 euros) aux racoleurs représentant les officiers. Ils leur ont également demandé de poser en tant que maoïstes dans une cérémonie de “reddition”. Ils furent ensuite maintenus en détention illégale à la Old Ranchi Jail, fermée depuis 2006 lorsqu’a ouvert la nouvelle prison. Ils furent surveillés par le bataillon CoBRA 203. Les jeunes ont aussi raconté que 500-550 jeunes de Ranchi, Khunti, Gumla et Lohardaga se trouvaient en prison avec eux. Le First Information Report (3) fut rédigé le 3 mars 2014 au commissariat Lower Bazaar et rapporte ces détails. Le fait que du personnel de plusieurs bureaux soit impliqué met également en évidence que de nombreux bureaux sont au travail. Depuis lors, le rythme des redditions a chuté drastiquement. Tellement que le ministère des Affaires Intérieures s’est lamenté du petit nombre de redditions dans le Jharkhand et le Bihar! Le revers de la médaille, c’est que les fausses redditions ont cessé et que le nombre de réelles redditions demeure très modeste dans le Bihar et le Jharkhand. Dans le cas du Bastar, le parti du Congrès, le CPI et le Aam Aadmi Party ont publiquement dénoncé des fausses redditions au cours des deux derniers mois, et ont souligné la manière avec laquelle leurs membres, ou des villageois ordinaires, sont arrêtés, accusés d’appartenance maoïste ou de travailler pour ou avec eux, et sont ensuite exhibés comme étant des maoïstes “qui se sont rendus”. Au mois d’août, le parti du Congrès a affirmé que Chetram Sahu et Manjula, présentés comme maoïstes, étaient des villageois ordinaires. Alors, le CPI a affirmé que Manjhiram Kashyap, secrétaire de l’unité de Tahakwada de leur parti et Sukhdev Nag, membre élu du Janpad Panchayat, avaient été exhibés comme étant des maoïstes “purs et durs”. Et puis Soni Sory, de l’AAP, a indiqué qu’un prétendu naxalite, Gali, issu du village de Bade Gudra, était un villageois qui, malgré sa soi-disant reddition, avait été placé en détention!

Que les 221 redditions aient été factices ou non, ce qui est certain, c’est que le nombre de fausses redditions pourrait être très élevé. Les exagérations sont un phénomène récurrent dans les zones de guerre.

Le 30 juillet 2014, voici ce que The Hindu rapportait, citant un fonctionnaire: “Lundi, un combat a eu lieu à proximité du village de Ramaram dans le district de Sukma. Il fut mené par une équipe conjointe de la Central Reserve Police Force (CRPF), le CoBRA (Commando Battalion for Resolute Action) et la police du district, dirigé par l’inspecteur général adjoint de la CRPF, Mr Upadhyay. Aujourd’hui, nous avons été informés par des sources fiables dans la région que plus de dix maoïstes avaient été abattus au cours de ce combat (en dehors du décès confirmé plus tôt)” a déclaré Mr S.R. Kalluri, l’inspecteur général de police du Bastar. “Toutefois, nous n’avons retrouvé qu’un seul corps parce que nos hommes furent également blessés et que les villageois avaient également commencé à encercler la zone”. La dernière partie de sa déclaration est lourde de sens. Des villageois non armés ne commencent pas à “encercler la zone” lorsqu’a lieu un combat, à moins que ce ne soit un combat factice. En outre, notez la contradiction sur le nombre de personnes tuées. L’inspecteur général du Bastar a affirmé que onze maoïstes avaient été abattus dans une opération conjointe de la CRPF, du CoBRA et de la police du district près du village de Ramaram le 28 juillet. H.S. Sidh, l’inspecteur général des opérations de la CPRF au Chhattisgarh a déclaré “il se peut qu’‘entre 10 et 12 maoïstes’ aient été abattus au cours du combat”. Le commissaire de police du district de Sukma, D. Shrawan a déclaré que “au moins cinq ou six maoïstes ont été abattus à Ramaram” le 28 juillet. L’imprécision ne renforce pas la revendication officielle, mais l’affaibli. Mais surtout, il n’y avait aucun corps à montrer!

Une déclaration de presse, publiée par le South Bastar Divisional Committee du CPI(Maoist), affirmait plutôt que les forces de sécurité avaient “attaqué” le village de Ramaram le matin du 28 juillet avant de détruire un “monument commémoratif pour les martyrs” construit dans le village. “Les forces de sécurité ont alors ouvert le feu de manière indiscriminée sur les villageois qui étaient occupés à leurs tâches quotidiennes. Elles (les forces de sécurité) ont tiré des obus de mortier sur les villageois, tuant Vetty Adme, un villageois de Ramaram et Madkam Idmal, du village de Pidmed” selon la déclaration de presse signée par Ganesh, le secrétaire du South Bastar Divisional Committee. La police a emmené le corps de Madkam Idmal et l’a fait passer pour un maoïste.

Ils n’étaient pas présents dans le village. “Mais après avoir reçu l’information de l’attaque contre le village, une brigade de la People’s Liberation Guerrilla Army (PLGA) s’est rendue sur les lieux et a contraint les forces de sécurité à fuir. Nous sommes également parvenus à blesser trois policiers”. Ils ont lancé un appel aux journalistes et aux intellectuels à venir sur les lieux pour vérifier les faits. Donc, quelle version semble crédible? Pourquoi l’armée indienne a-t-elle empêché les reporters, les activistes sociaux et le groupe pour les libertés civiles de visiter le prétendu site du combat. Les journaux leur ont apporté les informations.

Prenez un autre exemple. Au cours des sept dernières années, plus de 150 personnes ont été arrêtées dans le Maharashtra par les effectifs anti-naxals. En 2008, l’effectif total du “quartier naxal” à la Nagpur Central Jail, où sont détenus les “prisonniers maoïstes” était de 168. Mais aujourd’hui, il ne “reste que 37 prisonniers naxals dans le quartier naxal”, selon l’avocat Surendra Gadling, qui représente ceux qui sont accusés d’avoir des liens avec les maoïstes. La plupart de ces personnes ont été accusées d’être impliquées dans des “violences maoïstes” dans la région de Gachiroli-Gondia et d’agir comme “front urbain” pour les maoïstes. Elles obtiennent leur acquittement après avoir subi des tortures et une longue incarcération. Mais elles mettent en évidence la manière avec laquelle la population et les activistes sociaux sont ciblés par des affaires factices. “La police flanque ces personnes de multiples accusations. La plupart d’entre elles étaient des activistes luttant pour les droits des tribaux et des dalits ou contre les expropriations. Parfois, les accusés font face à 60 ou 70 accusations en vertu du Unlawful Activities (Prevention) Act [UAPA] ou pour avoir mené la guerre contre l’état et pour sédition”.

Donc, si on ne peut pas attraper de vrais rebelles, pourquoi ne pas en créer au nom de ce jeu lucratif? Le Maharashtra en montre une variante. L’histoire du Jharkhand démontre comment les jeunes Adivasis peuvent être trompés par des offres d’emploi contre paiement, ou comment les autorités font poser les gens comme s’ils étaient des maoïstes s’étant livrés à la police, avec ou sans armes (il s’agit d’une routine ayant lieu dans toutes les régions de conflit armé). Si cela ne fonctionne pas, elles utilisent l’approche directe: arrestation, mise en cause et détention illégale avant de les exhiber pour une simulation de reddition. Sinon, il y a toujours le combat factice et l’exhibition du corps d’un maoïste présumé.

Souvenons-nous de la déclaration “osée” du nouveau ministre de l’Intérieur. Prenant la parole lors du 33ème symposium de l’institut de formation policière à Jaipur le 3 septembre 2014, il a dit que “en tant que chef du gouvernement de l’Uttar Pradesh, j’avais garanti à l’effectif policier une totale liberté vis à vis de la Commission pour les droits humains dans leur traitement des maoïstes” [Mail Today 4 septembre 2014]. Le message était clair. Il se foutait tant de la loi que de la Constitution. On dit aux soldats et aux officiers de faire ce qu’ils veulent tant qu’ils fournissent des résultats, peu importe la manière par laquelle ils les obtiennent. Que cela puisse entraîner un retour de flamme ne tracasse pas les dirigeants puisque l’Etat indien est considéré comme tout-puissant.

Le rapport du High Level Committee mis en place sous la présidence de Virginius Xaxa en août 2013 pour examiner le statut socio-économique des Adivasis et suggérer des initiatives politiques donne foi à ce scénario. En dehors de la proposition que pour toute acquisition de terre, y compris par le gouvernement, l’accord du Gram Sabha soit rendu obligatoire et que le “consentement” acquis frauduleusement soit puni, le comité fait référence, de manière significative, au fait que ceux qui résistent aux projets d’acquisition de terres et de forêts par les entreprises sont souvent accusés d’être maoïstes. Il note qu’il n’y a aucune base légale à un “délit naxal” en vertu duquel des milliers d’Adivasis et d’activistes sont mis en cause. Et il plaide pour que le gouvernement participe au mouvement “de la base” plutôt que de le réprimer (4). Rassurez-vous, rien n’en sortira. Mais le rapport officiel confirme nos pires craintes et nous donne matière à réfléchir.

Donc, qu’est-ce que cela veut dire? Les fausses “redditions” sont-elles censées remonter le moral en baisse des effectifs militaires? Rahul Pandita, dans The Hindu le 14 juin [Soldier Turns into a Powder keg] a écrit “il y a des milliers de soldats et d’officiers qui cherchent une opportunité pour s’en aller”. Pourquoi? Parce qu’en plus des problèmes liés au service, ils “craignent” d’être déployés contre les maoïstes. Pratiquement en même temps, les villageois du Sukma se plaignaient des patrouilles de la CRPF qui frappent les villageois, les accusent d’”héberger” les maoïstes et humilient les femmes en les déshabillant et les frappant. The Hindu a rapporté que le magistrat de district leur avait dit que la seule manière d’empêcher les soldats de mal se comporter, c’est que les villageois leur assurent que les maoïstes ne commettent aucun “incident fâcheux” (30 juin 2014). En d’autres termes, les villageois sont maintenant tenus pour responsables des actions maoïstes.

Et ce n’est pas tout. Le ministère des Affaires Intérieures a demandé à un nouveau comité comprenant deux anciens directeurs généraux de la CRPF de réorganiser l’effectif militaire. Personne n’a demandé pourquoi les effectifs devaient être “réorganisées” alors qu’au cours des dernières quatorze années, on disait que l’on modernisait et que l’on améliorait les effectifs! Réorganiser, qu’est-ce que cela veut dire alors? Et bien, acheter des AK-47 plutôt que des INSAS et garantir que chaque compagnie de 125 soldats ait au moins 20 motos à disposition. Pendant ce temps, la 7ème Pay Commission examine leur “grief” selon lequel ils ont un “environnement de travail peu attrayant” et une indemnisation inadéquate! Plus important encore, 20 bataillons supplémentaires de la CRPF doivent être levés et dans 23 “districts les plus touchés”, 4-5 “pôles de développement” doivent être créés avec des bâtiments “modernes” (terme officiel des institutions) qui seront dotés d’équipements médicaux, pédagogiques, sociaux et de sécurité. En plus des 400 commissariats qui seront fortifiés, 250 commissariats supplémentaires seront construits et fortifiés. Les commissariats fortifiés sont des camps armés, de la même façon qu’ici, la police signifie l’armée.

Tous les plans fantasques doivent être ramenés sur terre. Le Chhattisgarh a approuvé un budget de 1.500.000.000 de roupies (près de 20 millions d’euros) pour 75 commissariats de police dans les “zones touchées par les maoïstes dans le Chhattisgarh”. Aucun n’a été terminé; 58 seraient en construction et une demande de proposition de changement de localisation pour 15 autres est en attente d’une réponse du gouvernement.

En juillet, une “opération massive” fut lancée dans quatre districts du sud du Bastar avec “pour objectif d’éliminer les naxals de la région de la vallée de Darbha” [Asian Age 12 août 2014]. Elle a échoué. Un reporter, qui a accompagné un convoi transportant des “rations” pour les villageois, apporte une preuve indirecte de son échec. En fait, ce sombre fait ne serait pas venu au jour sans un exercice de relations publiques ayant horriblement mal tourné. Cela démontre combien la classe dirigeante indienne et ses laquais se sentent concernés par les Indiens ordinaires et en particulier les Adivasis au nom desquels est brandi le développement.

L’administration du Sukma a envoyé un convoi de 20 camions de Dornapal vers Jagargunda durant la troisième semaine de septembre 2014 avec un groupe de journalistes dans leur sillage. Les camions transportait 1603 quintaux de riz, 182 quintaux de légumineuses, 8.096 kilos de pommes de terre et 8.096 kilos d’oignons. Il leur a fallu 30 heures pour faire 54 kilomètres. Ils sont passés à côté de huit camps de la CRPF et de son camp de base. Il y avait d’innombrables groupes pour ouvrir la voie et un vaste exercice de déminage. Lorsque le convoi a finalement atteint sa destination et que la presse capturait le moment “héroïque”, ils ont découvert qu’il y avait des vers dans les légumineuses et que les marchandises périssables étaient en train de pourrir. [Indian Express 4 octobre 2014 “Villagers in Bastar wait six months, get rotting rations”]. Apparemment, la dernière fois que des rations avaient été apportées dans ce village de 5.000 personnes, c’était le 2 mars 2014. Selon un journaliste local qui accompagnait le convoi vers Jagargunda, la domination maoïste était palpable dans la région et ils ne cachaient pas leur présence aux effectifs à l’intérieur du camp. D’après lui, les Adivasis vivant à l’intérieur du camp était au bord de la famine. Ils vivaient dans un camp fortifié sous le regard vigilant des bataillons 270 et 201 des forces CoBRA soutenus par la police armée de l’état munies de LMG et d’AK 47. Les portes fermaient à 18h et les entrées et sorties étaient strictement régulées. La CRPF partageait ses rations avec les villageois, mais là aussi, les stocks venaient à manquer. Il est significatif de noter que la personne en charge du convoi de nourriture fut l’ancien magistrat de district du Dantewada, KR Pisda, dont la contribution majeure est d’avoir été un des fonctionnaires clé de l’administration de l’état dans la conception de la Salwa Judum en 2005. [Voir When the State Wages War against its own people, 2006, sur pudr.org]. Avec une telle démonstration d’amour ardent pour le peuple, les Adivasis n’ont pas besoin de propagande pour se laisser convaincre que l’Etat est fait de dirigeants et que les maoïstes sont des leurs.

L’histoire ci-dessus ne fait que mettre en lumière la différence entre les affirmations imaginaires et la réalité de terrain. C’est comme l’armée indienne qui envoie une important effectif, équipé d’armes sophistiquées et de gadgets dont des drones et des hélicoptères dans l’Abhuj Maad en septembre en provenance de trois directions différentes. L’objectif était d’attraper des dirigeants haut placés du CPI(Maoist) par surprise alors qu’ils tenaient le dixième congrès du parti et encore mieux, lorsqu’ils en revenaient. Les soldats sont rentrés les mains vides. De nombreux faucons ont compensé l’incursion infructueuse en déclarant que l’armée indienne avait pénétré dans l’Abhuj Maad, le bastion central des maoïste. C’est vrai. Mais l’Abhuj Maad, c’est 4.000 kilomètres carrés de jungle. La résidence des maoïstes n’est pas fixe, elle est mobile. En outre, si comme on le prétend, les maoïstes sont en fuite, pourquoi tiendraient-ils le congrès de leur parti à un tel endroit? Et s’ils en tenaient un, ou en avaient tenu un, alors, l’incapacité à piéger les hauts dirigeants en une frappe chirurgicale signifie que l’armée avait de piètres renseignements. Pour les guérilleros, la chose la plus importante dans de telles situations est de s’assurer que l’armée indienne ne remplisse pas son objectif et que les effectifs “subjectifs” (dirigeants et cadres du parti) ne soient pas blessés.

Un mouvement résilient?

On obtient, de ce qui précède, un tableau varié, dépourvu de clarté sur la manière dont est dirigé le parti. Cependant, une grande quantité d’air s’échappe du ballon gonflé par les fonctionnaires au sujet des maoïstes en fuite.

Dans le Indian Express  [11 juin 2014] Ashutosh Bharadwaj a noté que le 22 janvier 2014, le ministère des Affaires Intérieures avait écrit aux hauts fonctionnaires de la police de dix états engagés dans la guerre coordonnée par l’Etat central contre les maoïstes, partageant leur estimation. Il disait que “Ganapathy (secrétaire général du CPI(Maoist) avait bien géré les diverses factions dans les moments difficiles”. Il notait qu’après avoir subi des revers cette année, le parti avait “engrangé quelques succès”. Cela ne coïncide pas avec l’extrapolation de maoïstes en fuite. Et c’est effectivement un salut à sa résilience. Mais cela renforce ce que le CPI(Maoist) lui-même a affirmé dix mois plus tard. Avant de creuser ceci à fond, notons que le meurtre et les arrestations de dirigeants et cadres haut placés peut être gravement paralysant pour n’importe quel mouvement. La perte de dirigeants a vu la chute de nombreuses luttes battues en brèche. La perte de territoire est aussi un revers. Cependant, le retrait d’un territoire ne conduit alors qu’à une décimation organisationnelle. Rien d’autre. Par conséquent, la marque d’un mouvement durable ou de la résilience exhibée par un mouvement se révèle dans les moments de crise. Par la façon dont il peut récupérer, s’il peut remplacer ceux qui ont été tués et arrêtés par des plus jeunes cadres de rang intermédiaire, et s’il a identifié les faiblesses et les a corrigé, ou même s’il est en passe de le faire… tout ceci compte.

Une histoire rédigée à Rajpur par le correspondant de Asian Age intitulée “Female Naxals get Combat role” [15 octobre 2014] cite des services de renseignements disant qu’il y a eu un remarquable virage dans la composition de la PLGA. Le titre est bien sûr trompeur puisque les femmes sont actives dans le combat depuis presque deux décennies. Mais il est vrai que leur nombre augmente dans le DK depuis 2005. Quoi qu’il en soit. Selon le journaliste, jusqu’en 2008, la hiérarchie supérieure n’était composée que de 25% de femmes. En 2014, elles sont 60%! Le State Military Committee est dirigé par Sujata. La South Bastar Division est dirigées par Niti et celle du North Bastar par Madhavi. Et cela continue. Et on ajoute que les femmes occupent “des postes importants dans les positions de rangs inférieurs”. Etant donné que cette information est attribuée au bureau des renseignements, et qu’elle discrédite la théorie de l’exploitation des femmes dans le parti maoïste, il n’y a aucune raison de douter de sa véracité. En d’autres termes, les années de travail payent, avec le recrutement plus important de femmes cadres, leur nomination comme commandants et chefs politiques, etc. Cela signifie également que le parti dispose d’un réservoir de cadres moyens pour remplacer les plus âgés, quand le besoin s’en fait ressentir.

C’est une évolution phénoménale. La section la plus opprimée de la société adivasi, et représentant 50% de l’humanité, domine aujourd’hui l’effectif de la guérilla. Cela indique que les femmes considèrent le parti comme étant le leur. De un, parce qu’elle s’y sentent en sécurité. Pas parce que le “parti” les protège, mais parce qu’elles sont plus qu’égales dans le partage du pouvoir. C’est leur parti. Pour quelle autre raison un relativement grand nombre de femmes adhéreraient-elles au parti, pour aujourd’hui y occuper des positions de dirigeantes, si elles étaient sujettes à une exploitation sexuelle ou pas considérées comme des égales? Est-ce la marque d’un parti en fuite, ou est-ce le sceau d’une organisation vibrante et robuste qui, en dépit des pertes, dispose de cadres pour remplacer les plus âgés? Et pas par n’importe quels cadres, mais des femmes cadres armées.

C’est assez remarquable. Examinons cela de plus près pour mieux comprendre.

En 2007, au moment où s’est tenu le Unity Congress aussi appelé le Ninth Congress, le monde n’était pas le même. Le revers subi en 2004 dans l’Andhra Pradesh unifié peu après la fusion et la formation du parti, la menace de la Salwa Judum dans le Chhattisgarh et de la Sendra dans le Jharkhand aux alentours de 2005 avaient été remplacés par les progrès effectués par le parti dans le Chhattisgarh, le Jharkhand et l’Odisha et tout particulièrement dans le Lalgarh, région de Jangalmahal au Bengale. En 2006-2007, ils avaient l’air d’avoir pris le dessus sur le pire de la Salwa Judum et d’en être sorti encore plus forts. Les perspectives semblaient radieuses. Mais entre 2009 et 2011, le parti a subi d’importantes pertes; il a perdu son bastion dans le Jangalmahal, il y a eu l’assassinat de deux des chefs de file du parti et les arrestations de plusieurs membres supérieurs, le retrait de la région de Saranda dans le Jharkhand où il avait établi une administration parallèle dès 2002 et la scission, dans l’Odisha, après qu’un dirigeant supérieur du parti soit parti, etc. Tout cela a enfoncé le parti. En 2012, les conditions étaient sinistres. Je me demandais moi-même si la stratégie de prise du pouvoir à l’échelle régionale du parti pouvait se poursuivre alors qu’il perdait des bastions et d’importants dirigeants. Il semblait qu’ils avaient atteint les limites de leur développement et que le mouvement était en recul. La zone d’opération s’était contractée. Les forces subjectives montraient des signes d’épuisement en raison de l’assassinat et des arrestations de dizaines de dirigeants. On pensait que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne s’éclipse complètement. C’est ici que la déclaration ci-dessous prend du sens.

Le CPI(Maoist) a fêté le dixième anniversaire de sa formation (quand le CPI(ML)(PW) et le MCC ont fusionné en 2004) le 21 septembre 2014. Dans un message destiné à la conférence de solidarité internationale organisée à Milan, Italie, en septembre 2014, il disait:

“Durant le premier trimestre 2013, évaluant la situation à laquelle nous sommes confrontés, le Central Committee a noté que les faiblesses de notre situation subjective étaient inégales. Il a déclaré que notre mouvement à l’échelle nationale faisait face à une situation très difficile. Les raisons pour lesquelles cette situation est survenue sont autant subjectives qu’objectives. Les classes dirigeantes indiennes, avec les conseils et le soutien total des impérialistes, ont déclenché une offensive stratégique sans précédent tous azimuts à l’échelle nationale pour réprimer notre mouvement florissant. Nous avons subi des revers, nous avons temporairement perdu du terrain, contraints de nous retirer face à des forces supérieures. L’autre raison à ceci est subjective. Les erreurs que nous avons faites en répondant aux exigences des conditions changeantes de la guerre révolutionnaire, de la direction de la PLGA et de la population, des restes de tendances non-prolétariennes qui demeurent chez nous et de notre incapacité à éviter d’importantes pertes”. Ensuite, il a indiqué qu’au cours des quinze mois qui ont suivi, ils ont fait tout leur possible pour “préserver le mouvement et ses dirigeants”. Et puis il a déclaré que “nous ouvrons un nouveau front de guerre dans la région de Sahyadri (Western Ghats) à la frontière du Karnataka-Keralam-Tamilnadu”.

La fusion du CPI(ML) Naxalbari avec le parti annoncée le 1 mai 2014 a apparemment ouvert cette possibilité.

Bien que le Communist Party of India (Maoist) soit interdit, les maoïstes contrôlent des territoires où ils gèrent une administration parallèle. Dans le Dandakarany (DK) par exemple, c’est le gouvernement populaire, c’est-à-dire le Janata Sarkar, qui est responsable de tous les progrès. L’administration en place est en train d’être remplacée par le raffermissement du gouvernement populaire. Les Revolutionary People’s Committees (RPC) sont élus par les habitants de plus de 18 ans tous les trois ans. Un RPC est composée de quinze villages de 500 à 3000 habitants. Ces RPC élisent leurs membres aux Area RPC qui comprennent entre 3 et 5 RPC. A leur tour, 3 ARPC constituent un Division RPC.

Pour mémoire, pour une force de guérilla, étendre les zones de combat et briser l’encerclement revêt une importance cruciale. Cela lui donne la mobilité pour combattre et disparaître. Cela lui permet d’opérer en laissant les forces désemparées. Dans la vallée de Darbha, une plaine plate sans grande couverture forestière, l’armée indienne a des difficultés à obtenir des “renseignements exploitables” exprimant le soutien dont jouissent les maoïstes parmi la population malgré toutes ses ressources et son entrainement par les armées israéliennes et américaines. Une déclaration publiée pour le 10ème anniversaire de la formation du CPI(Maoist) datée du 1er septembre met en avant plusieurs “succès” qu’ils revendiquent:

“L’anéantissement de toute une compagnie de la CRPF à Mukkaram (Dandakaranya) par la PLGA fut une rebuffade retentissante pour la ‘guerre contre le peuple’ menée par l’Etat indien. Dans une guerre populaire prolongée, le contrôle du territoire est important, mais la préservation de la force militaire révolutionnaire est aussi d’une grande importance. Ayant saisi ce principe, la PLGA a esquivé les efforts de l’Etat indien pour la coincer et la détruire. Elle a échappé à de lourds encerclements en attaquant de petites unités de l’ennemi et en créant des brèches dans ses cercles. Battant en retraite face aux forces massives, elle les encerclent pour riposter de toutes ses forces lorsque l’opportunité se présente. L’embuscade de Tongpal (Dandakaranya) au cours de laquelle 15 mercenaires furent éliminés et 20 armes ainsi qu’une grande quantité de munitions furent saisis tout comme l’embuscade de Farsagaon (Jharkhand) au cours de laquelle 5 mercenaires furent tués et 5 armes saisies témoignent de la puissance de la guerre populaire prolongée. Cette guerre est menée par un parti maoïste et attire les masses par milliers. Il est significatif que ces embuscades aient eu lieu dans une zone que l’Etat indien prétend  ‘nettoyée’. Entre janvier et juin cette année, au milieu de deux intenses campagnes de répression nationale couvrant 9 états et menée entre décembre 2013-janvier 2014 et mars 2014, 39 actions furent mises à exécution par la PLGA”.

Ensuite, ils poursuivent en expliquant ce que les masses, inspirées par la guerre, sont également parvenues à accomplir:

“Il y a de nombreux exemples où les masses ont bravé la répression pour récupérer les corps des martyrs et leur donner des funérailles convenables. Dans certains cas, elles ont ramassé tous les biens distribués par les forces ennemies et les ont brûlés dans des feux de joie. Dans le village de Minpa, les habitants se sont joints à la PLGA et ont mené une lutte ininterrompue durant plus d’une semaine contraignant l’ennemi à fermer son camp militaire. A Herrakoder, les masses en provenance des villages voisins se sont mobilisées et ont forcé la fermeture du camp nouvellement établi grâce à des agitations pacifiques, mais déterminées. Les femmes ont, dans ceci, joué un rôle exemplaire. De larges sections d’intellectuels, de progressistes et de démocrates se sont également manifestés en masse, en Inde et à l’étranger, pour contester la ‘guerre contre le peuple’ de l’Etat indien et révéler ses atrocités”.

Que la pression villageoise ait forcé la fermeture de camps militaires n’est pas un mince exploit. Que la PLGA soit parvenue à vaincre après s’être fait coincer par une force supérieure ou encercler démontre ses talents pour le combat. Cela reflète combien, sur le terrain, la situation est plus dynamique que ce qu’on ne le dit. La résistance armée combinée à la politique de masse est une réussite dans une région remplie de forces militaires. Un combat qui s’est déroulé dans le district du Gadchiroli (Maharashtra) en 2013 a démontré que 25-30 guérilleros maoïstes dirigés par une femme commandant pouvait retenir une force paramilitaire de 250 hommes pendant dix heures avant de battre en retraite. Avec bien moins de munitions et d’armes que les forces de sécurité et sans leur important soutien logistique, cela montre la discipline et l’entrainement des guérilleros (5).

Si la force de guérilla dominée et dirigée par les femmes est perçue conjointement avec l’expansion physique du mouvement dans une nouvelle région, ces deux évolutions en elles-mêmes sont un exploit pour un mouvement, qui il y a seulement deux ans, subissait revers sur revers. Il y a cependant le risque de sur-interpréter ceci, si nous laissons de côté la brèche dans leur bastion central, l’augmentation des forces qui y sont déployées contre eux, et les tentatives pour décimer la résistance non-armée. Si le contrôle du territoire est important, alors sa perte ne peut pas être minimisée. Exactement, si le choix se résume à préserver le territoire ou les forces subjectives, c’est plus tard ce qui importe le plus. Mais un tel choix en lui-même leur apporte des difficultés.

En d’autres termes, ils font face à une sérieuse menace. Que, par exemple, la terreur déclenchée par Kalluri dans le district de Sarguja (North Chhattisgarh) ait affaibli le mouvement de manière significative et que le parti doit encore se remettre, démontre qu’aller à l’encontre d’une force sans pitié jouissant d’une immunité légale n’est pas tâche aisée. En outre, leurs propres erreurs dans le passé ont beaucoup contribué à leurs revers. C’est ici que leur réponse aux critiques est importante. Dans un long interview du 24 mars 2014 (6), Abhay, le porte-parole du CC du PCI(maoïste), fait référence aux critiques d’organisations telles que le PUDR, ainsi qu’à une série de crimes qu’ils ont commis pour ensuite conclure en disant:

“Quels que soient les arguments des classes dirigeantes, la guerre en cours dans notre pays n’est rien d’autre qu’une guerre civile. Le parti qui la mène pour construire une nouvelle société et l’armée populaire, quelle que puisse être la pression sous laquelle nous travaillons en pleine guerre, doit choisir les formes de lutte appropriées pour combattre l’ennemi. Perçues sous un tel point de vue, bien que ces erreurs se produisent rarement, il est tout à fait nécessaire de les éviter. Lorsque des armes telles que des IED sont posées dans le but d’infliger des dommages aux forces ennemies, toute méthode impliquant la possibilité de causer des dommages corporels à la population et à ceux qui ne participent pas directement à la guerre, comme les employés de l’administration civile, le personnel médical et les civils, doit être évitée”.

Les maoïstes n’ont-ils pas aussi admis leurs erreurs par le passé? Par conséquent, comment pouvons-nous savoir qu’ils pensent ce qu’ils disent? Pour cela, il nous faut attendre. Cependant, ce que nous pouvons noter, c’est que l’auto-critique est allée plus loin que jamais auparavant et plus loin que le manque d’arguments de réciprocité et autres rationalisations tels que “la nature de la résistance est décidée par la guerre imposée par les classes dirigeantes”, ou l’argument au sujet de “la fureur refoulée” des opprimés. Au lieu de cela, l’accent est placé sur “l’armée populaire, quelle que soit la pression sous laquelle nous travaillons en pleine guerre, doit choisir les formes de lutte appropriées pour combattre l’ennemi”.

Est-ce que cela veut dire qu’il n’existe pas de “fureur refoulée des opprimés”? Un parti doit-il ignorer ce qu’exige le peuple? Il n’y a pas de réponse facile. Il y a des moments où le parti s’oppose à l’exigence de punition et il y a des moments où les gens sont prudents à ce sujet. S’il faut croire une information parue dans Asian Age (16 octobre 2014) attribuée au commissaire du Sukma, alors la voix de 2.000 villageois a prévalu sur celle du parti pour libérer 40 personnes qui devaient être jugé par le Jan Adalat (tribunal populaire). Bien sûr, le commissaire du Sukma a épinglé cela comme étant une marque de révolte contre le parti. Alors qu’il est également probable que 2.000 villageois se soient rendus pour assister au Jan Adalat et aient intercédé au nom des 40 accusés qui furent alors libérés. Mais ce qu’il est important de noter, c’est que la population n’exige pas de vengeance de sang, à moins que cela ne soit quelqu’un de détesté pour ses crimes haineux. Le fait est que le parti apprend aussi de la population. Apprendre et désapprendre, enseigné et être enseigné font partie du même processus. C’est une marque de bonne santé et non de faiblesse si l’opinion de 2.000 personnes a prévalu sur celle du parti dans l’exemple cité ci-dessus.

Il faut aussi dire que la guerre de classe exige des révolutionnaires, par leur propre pratique, qu’ils délimitent leur différence par rapport aux classes réactionnaires. Ils doivent mener leurs combats honorablement, en gardant à l’esprit la nécessité de mobiliser les masses et de les inspirer pour qu’elles s’organisent. Obtenir leur légitimité populaire pour leur lutte armée pousse le politique au premier plan.

Rappelons que dans une présentation au ministère de l’Intérieur, le Intelligence Bureau a affirmé qu’il y avait 6.000 cadres maoïstes et 36.000 miliciens. Il a également affirmé que les maoïstes possédaient 4.000 armes régulières et 6.000 armes de fabrication artisanale. La taille de l’arsenal maoïste est à peine un problème pour l’armée indienne lourdement armée. Etant donné que la plupart des armes ont été “volées” dans les arsenals et aux soldats, et les explosifs aux compagnies minières, il est évident que l’armée indienne connait la taille de leur arsenal. Donc qu’est-ce qui permet à cette force ayant une puissance de feu relativement modeste de faire frissonner l’échine des dirigeants indiens. Parce qu’une force si modestement armée a une résonance bien plus grande que ce qui est admis. C’est cela la capacité de la guerre. Une seule balle bien ciblée peut aller bien plus loin qu’une fusillade d’arguments. Parce que nonobstant leur modeste puissance de feu, ils sont en mesure d’éluder et d’engager une force supérieure à volonté. Et par conséquent, leur simple présence fait office de frein à la prise de contrôle par les entreprises des ressources forestières, agraires et de l’eau et à la réalisation de leur plan. S’ils continuent à survivre à cette phase de guerre, et n’infligent pas de dommages aux civils, alors, l’impact politique renforcera non seulement le moral des autres luttes à travers l’Inde, mais améliorera également l’intérêt pour le maoïsme au-delà de leur zone d’influence.

Nous avons tendance à oublier que la guerre populaire prolongée n’est pas juste un combat militaire, mais vise aussi à propager la conscience populaire, une forme d’émancipation, pour questionner, critiquer et défier l’autorité lorsqu’elle est oppressive. La conscience s’élève durant une période de guerre parce qu’à ce moment-là, tout se vit intensément. Les amis et les ennemis se révèlent plus nettement et les problèmes produisent une polarisation aiguë. Ceci a eu lieu au moment de la Salwa Judum lorsque l’élite de la société adivasi et les intérêts commerciaux non-tribaux sont devenus les pigeons des intérêts corporatifs. La haine de classe et le carnage durant la Salwa Judum ont appris aux Adivasis ce à propos de quoi le parti les avait averti. De la même manière, l’utilisation continue de la coercition des soldats indiens contre les villageois au  nom du combat contre les maoïstes ainsi que la résistance populaire à la prise de contrôle par les entreprises leur montrent qui est le sauveur et qui est le destructeur.

Donc le gouvernement fait aussi face à des problèmes. Dans les zones de guerre, le terrain d’entente a presque disparu. Dans le Bastar, le Congress, le CPI et le Aam Aadmi Party se plaignent tous que leurs membres impliqués dans les luttes quotidiennes sont soit menacés d’arrestation pour lien avec les maoïstes ou réellement arrêtés et accusés en conséquence. Puisque les dirigeants indiens veulent anéantir les maoïstes, c’est à dire les liquider totalement, ils ne peuvent permettre à aucun frein de gagner du terrain. Ils ne peuvent pas tolérer que des avocats défendent des Adivasis accusés d’être maoïstes. Ils craignent que des acquittements sapent leurs déclarations et démoralisent les soldats. Le gouvernement va également de l’avant, ajustant les lois et libérant les “routes étroites” pour l’industrie. Mais la mise en oeuvre n’est pas problème principal, même sous le deuxième gouvernement UPA. En effet, l’exécution du FRA (Forest Right Act) repose sur l’Etat central étant donné qu’il s’agit d’une loi nationale et que le ministère des Affaires Tribales de l’Union est l’organe central pour les questions politiques. En outre, ce sont les comités forestiers au niveau du district qui ont le dernier mot concernant les demandes liées au droit forestier en vertu du Forest Right Act. De plus, le FRA ne peut pas être mis en oeuvre avant que ne soient amendés le Indian Forest Act de 1927 et d’autres lois. Par conséquent, alors que les lois sont ajustées pour rendre l’exécution plus rapide et plus facile pour l’industrie, il y a une tendance à éconduire les préoccupations de la population.

Un High Level Committee dirigé par l’ancien secrétaire du cabinet Subramaniam a été constitué par le ministère de l’Environnement, des Forêts et du Changement Climatique. Ce qui est proposé et ce que signifie une “audience publique” pour les “pracharaks” de l’Inde des entreprises s’est révélé à Bangalore le 27 septembre; tous les membres du comité sont partis au milieu de la réunion parce qu’ils n’appréciaient pas les questions qui leur étaient posées. La fuite est un aveu de culpabilité. Non?

Un communiqué de presse publié par des activistes sociaux après l’audience publique cite TSR Subramaniam, ancien secrétaire du cabinet, “le comité a le mandat du gouvernement pour proposer les changements nécessaires qui aideraient à améliorer la qualité de la vie et de l’environnement. Mais il a dit que la nécessité de garantir le développement était primordial dans la mesure où le pays est très pauvre (plus de 80% de pauvres, affirmait-il) et par conséquent, il est considéré comme essentiel de rationaliser les processus d’autorisation environnementale qui contrarient la croissance. Mr Subramanian a également fait part de l’inquiétude du gouvernement à propos de plusieurs projets de développement qui s’embourbent dans des litiges pour des raisons environnementales, entrainant des délais inutiles. Concluant ses remarques introductives, il a déclaré que le comité n’était en aucune manière guidé par le ministère, et que son rapport de recommandations serait soumis au gouvernement central. La procédure du comité, a-t-il clarifié, n’est pas ouverte au public, à moins que le comité ne décide d’engager le dialogue avec le public. En réponse à une question, Mr Subramanian a déclaré que rien de ce qui serait soumis au comité ne serait partagé avec quiconque, et que seul le rapport serait soumis au gouvernement. Mr Subramanian a également dit que le ministère n’avait jamais proposé de consultation publique, mais qu’il avait suggéré que cela ait lieu” [Voir www.esgindia.org pour les détails].

Le Land Acquisition Act est ajusté tant pour réduire les compensations pour les “familles affectées” incluant ceux “qui ont perdu leurs moyens de subsistance” après trois ans de travail sur les terres touchées que pour ajuster les provisions qui traitent du développement de la “terre en friche cultivable” et de l’expiration de l’acte d’achat des terres si les compensations ne sont pas payées. [Times of India 15 juillet 2014]. En outre, les pouvoirs dont jouissent les gouvernements des états en vertu de la section 40 du Land Acquisition Act, qui autorise l’acquisition des terres pour la sécurité et la défense nationale ou les désastres naturels dans un délai de seulement 30 jours, comprennent également la construction de route et les Public-Private Power Projects, selon le Economic Times [7 juillet 2014].

Etant donné que tout ceux qui s’opposent à ces projets de la politique gouvernementale sont catalogués comme “ennemis”, comme l’a gentiment communiqué l’inspecteur général Shivram Kalluri, l’incitation à la guerre de l’Etat est confrontée à deux autres obstacles. Elle crée une division “nous” ou “eux” et cherche à réduire au silence ceux que l’appareil sécuritaire paranoïaque suspectent de faire partie des “eux”. Cela aide à assourdir le soutien ouvert aux maoïstes, mais la sympathie/empathie ou le soutien silencieux sont durs à réprimer. Deuxièmement, avec la censure des informations et le fait que l’entrée dans les zones de guerre soit entravée pour les médias et les activistes sociaux, il n’y a que peu de sources d’information indépendantes pour vérifier les déclarations qu’ont tendance à faire les fonctionnaires en poste sur le terrain. Les rations pourries pour les villageois vivant dans les camps fortifiés (hameaux stratégiques) n’auraient pas atteint Jagdalpur. La déconnection entre la vraie réalité et la réalité projetée devient alors un problème pour l’Etat. En d’autres termes, alors que les dirigeants peuvent réussir dans la guerre de la perception, c’est à dire que leur propagande peut fabriquer une image, ils ne peuvent pas remplacer la réalité. Parce qu’on ne peut pas créer des faits sur le terrain grâce à la fiction et des demi-vérités.

La lutte anti-POSCO a montré qu’alors que la multinationale coréenne avait reçu l’autorisation officielle pour acquérir la terre, les paysans n’avaient pas encore été dépossédés de leur terre. Et ils sont déterminés à ne pas s’en séparer sans se battre. C’est la même chose, disons, dans le Bastar. Peu importe ce que veut le gouvernement, le fait est que cela doit être réalisé sur le terrain où une formidable force de contre-poids existe pour émousser la stratégie du gouvernement.

Les dirigeants ont tendance à placer trop d’espoir dans une solution militaire et dans le pouvoir de l’argent pour acheter le silence et la loyauté. La décimation du terrain d’entente dans, disons, le Bastar, blesse les maoïstes, mais cela nuit encore davantage à l’Etat parce que les dirigeants ne disposent d’aucun retour indépendant et crédible en provenance des zones de guerre. Au moment où la vérité est révélée, il est trop tard pour que les autorités puisse endiguer les inepties. Cela s’est révélé évident avec la Salwa Judum. Le fait est que la stratégie de guerre des dirigeants exige une manipulation et une déformation en contrôlant ce qui est communiqué et ce qui ne l’est pas. En d’autres mots, l’arrogance des fonctionnaires d’Etat qui croient que tout peut être manipulé et que tout a un prix fonctionne bien pour les révolutionnaires parce que l’Etat est lent à comprendre et à en endiguer les conséquences. En ce sens, l’arrogance des dirigeants est de bonne augure pour le mouvement. Mais ce qui compte, c’est que les maoïstes atteignent les opprimés situés hors de la zone de guerre et qu’ils soient capables de rester sur leurs positions.

Donc, dix ans après la formation du parti, alors que la consolidation et la résistance ont remplacé les revers et les pertes, c’est toujours un mouvement qui n’est pas parvenu à bâtir une “zone libérée” et dont l’attrait politique est restreint. Les obstacles légaux et les lois draconiennes, tout particulièrement la proscription, l’affaiblissent. Mais au-delà d’un certain point, la loi et la légalité ne fonctionnent pas et la vraie vie impose son propre choix en fonction de ce qui se passe au cours de la guerre. Il s’agit d’un facteur impérieux pour tendre la main vers la gauche et les autres forces démocratiques. Tout juste comme la gauche et les démocrates doivent se débarrasser de leur dogme qui les empêche de voir que la “politique du carnage” crée pour eux un espace où travailler. Dans la guérilla, si l’Etat n’est pas en mesure d’écraser les guérilleros, cela est considéré comme une défaite. De la même manière, cela est perçu comme une victoire pour les guérilleros s’ils demeurent invaincus. S’ils pouvaient faire un bond en arrière de 18 mois, après avoir subi de lourdes pertes de territoires et de dirigeants, en apportant un changement majeur au sein de l’organisation par la prise de pouvoir des femmes dans la PLGA, un test plus difficile les attend. S’ils sont capables de résister à l’actuel assaut et à vaincre l’objectif des dirigeants de les anéantir au cours des trois prochaines années, comme le ministre de l’Intérieur Rajnath Singh l’a déclaré, alors, tous les paris sont ouverts.


(1) Nom donné aux premiers membres de la RSS – groupe paramilitaire nationaliste hindou de droite

(2) “20 fold increase in Maoist surrender since May end”; Economic Times, 13 octobre 2014. C’est ce qu’un officer du service des renseignements a déclaré à Pavan Dahat de The Hindu (12 juin 2014) “Kalluri est connu pour ses compétences organisationnelles et les opérations anti-naxales qu’ils a planifié et exécuté en tant que commissaire supérieur de la police du Dantewada. En tant que commissaire du district de Sarguja, il a pratiquement libéré le district du naxalisme”. Kalluri fut démis de son poste de commissaire du Dantewada après le massacre de Sarkeguda. Son dossier dans le district de Sarguja l’accuse également d’exécution de prisonniers, de viol et de torture. Ces compétences constituent-elles un pré-requis pour mener une “guerre sale”?

(3) Document rempli par les autorités lorsqu’elles reçoivent l’information de la commission d’un délit.

(4) Indian Express 9 octobre 2014 “UPA panel set tough norms for tribal land”, de Jay Mazoomdar.

(5) Un effectif relativement petit avec un arsenal modeste dispose également de compétences de combat plutôt impressionnantes. A Timliwada dans le district de Sukma du Chhattisgarh en 2013, la fusillade des maoïstes contre un hélicoptère de combat de l’IAF a prouvé qu’ils avaient développé leurs propres capacités pour propulser et lancer les missiles. Un élément encore plus significatif est que la stratégie de combat maoïste factorisée a pris en compte la possibilité de la guerre aérienne contre eux dès 2004, ainsi que la nécessité de développer un “système de sentinelle aérienne”. Un document qui aurait été retrouvé par les forces de sécurité dans un camp maoïste demanderait aux guérilleros de s’entrainer à la “dissimulation” en camouflant leur kit, leur équipement et leur tente. Il poursuit en leur expliquant comment utiliser leurs fusils automatiques et semi-automatiques: “Pour attaquer un hélicoptère/avion qui vole bas et lentement, visez à une distance de 50 mètres (la moitié d’un terrain de football) devant l’avion”. Il ajoute “Un tir continu à une distance définie devant l’hélicoptère assurera qu’au moins quelques tirs toucheront des parties sensibles telles que le réservoir”. A Timliwada, c’est le réservoir qui a été percé (Times of India, 3 février, 2013).

(6) La réponse dans son entièreté: “Le 27 décembre, le PUDR a condamné cet incident (faisant référence à l’assassinat de Sai Reddy) citant l’article 29 du Protocole I de la Convention de Genève (1949). Un groupe de 16 journalistes a organisé un rassemblement de protestation dans les zones de notre mouvement dans le Bastar du 26 au 31 juillet 2014 et le dernier jour, ils ont organisé une conférence de presse à Bijapur. Notre SZC du Dandakaranya a récemment évalué cet incident et tous ces développements. Pendant environ deux décennies, Sai Reddy a mené des activités anti-populaires et contre notre mouvement alors même qu’il était journaliste. Par conséquent, le South Bastar Divisional Committee (DVC) du parti a décidé de le punir. Une unité de la PLGA a donc attaqué sa maison. Mais il a échappé à cette attaque. En 2008, il fut arrêté par la police du Chhattisgarh en vertu du Chhattisgarh Special Public Security Act sur base de la fausse accusation selon laquelle il était un sympathisant maoïste. Il fut incarcéré pendant un an. Il y avait cependant d’autres raisons à son arrestation. Mais avec cette arrestation, son image s’est transformée en celle d’un opposant au gouvernement. Dans ce contexte, le DVC a bloqué la décision de le punir. Mais cette décision ne fut pas transmise correctement aux rangs inférieurs. Et donc, on sait ce qui s’est passé. Le DKSZC a émis la critique selon laquelle le SRC aurait dû répondre sans délai à l’incident de Nemichand Jain et que le SRC avait tort en défendant le meurtre de Sai Reddy.

Concernant les actions militaires et tout particulièrement pour ce qui concerne les journalistes, les employés, les professionnels, etc., dès que l’un d’entre eux se retrouve impliqué dans des activités anti-populaires ou devient un ennemi du mouvement et du peuple, la politique et les directives formulées par le CC dictent que chaque unité de notre parti et de la PLGA doit, dans de tels cas, y adhérer et suivre la ligne de classe et la ligne de masse. Le DKSZC a décidé de publier une lettre adressée au PUDR et aux médias expliquant l’incident Sai Reddy. Lorsque notre DVC du South Bastar a autrefois décidé de le punir, nous aurions dû informer les journalistes et les organes de presse pour lesquels il travaillait de ses activités anti-populaires. Même si notre politique est correcte, dans la pratique, il arrive que certaines erreurs soient commises. Cependant, notre CC trouve que la décision des médias locaux et des médias basés à Raipur d’imposer une interdiction de publier toute déclaration de notre parti n’est pas juste. Nous pensons que les organisations démocratiques devraient aussi prêter attention à cette attitude non-démocratique des médias.

L’incident du 8 janvier 2013 à Latehar au cours duquel un IED fut posé dans le corps d’un soldat de la CRPF décédé est également inquiétant. Après le déclenchement de l’Operation Green Hunt, les classes dirigeantes ont eu recours à toutes sortes de brutalité à l’encontre du peuple, et ce de la manière la plus odieuse. Lorsque les forces étatiques font usage de leur puissance supérieure et infligent de sérieux dommages au mouvement révolutionnaire, la population et la guérilla populaire sont contraintes de fonctionner sous d’intenses conditions. Ils doivent utiliser chaque opportunité pour résister à ces forces. Dans ce cadre, en raison du manque d’expérience, en raison du manque de connaissance des normes, des règles et des règlements concernant la guerre qui prévalent dans le monde, notre peuple et nos combattants entreprennent des actions qui ne sont pas acceptables, même pour nos sympathisants. De tels exemples peinent les admirateurs de la révolution et les forces favorables à la population et ils demandent que de tels incidents soient évités. D’autre part, de telles erreurs sont non seulement utilisées par l’Etat pour intensifier sa guerre psychologique, mais également par ses apologistes qui font une montagne de rien afin d’attaquer le mouvement maoïste dans sa globalité.”

Dans l’interview, le porte parole a également déclaré ceci au sujet des négociations., ce qui, en quelque sorte, corrobore la déclaration critique du parti sur leur expérience en terme de pourparlers, et sur le cours de la rectification introduite:

“Pour mener des pourparlers de paix fructueux avec un mouvement politique et obtenir des résultats positifs, les gouvernements devraient d’abord reconnaitre notre mouvement en tant que mouvement politique. Il est nécessaire qu’ils reconnaissent ce mouvement comme un mouvement des habitants de notre pays, comme un mouvement interne et comme une guerre civile. Alors seulement, il y aurait la possibilité d’au moins mener des négociations pour solutionner les questions qui aideraient à résoudre les problèmes fondamentaux afin de régler cette guerre civile. Toute mention de pourparlers de paix d’une autre manière n’équivaut à rien d’autre qu’à de mauvaises intentions. Si nous voulons adopter une position correcte sur l’actuelle proposition de négociations de la part de l’élite au pouvoir, nous devons examiner les propositions similaires faites par les classes dirigeantes aux communistes de notre pays par le passé. Nous devons voir avec quel programme, historiquement, elles se sont présentées pour leur proposition de négociations et comment elles ont géré les mouvement politiques passés dirigés par les communistes révolutionnaires ou les organisations de libération nationale du Cachemire et du Nord-Est.

Quelles furent les conséquences des négociations avec les mouvements nationaux? L’expérience de la plupart des mouvements nationaux est négative en raison de l’approche expansionniste et fasciste des classes dirigeantes indiennes et la capitulation des dirigeants qui ont dirigé ces mouvements. Les négociations n’ont résolu aucun problème soulevé par ces mouvements. A ce jour, ces mouvements existent toujours sous une forme ou sous une autre.

Quelle fut la position prise par les communistes révolutionnaires lorsqu’ils reçurent les propositions de pourparlers? Le premier cas de ce type eut lieu durant le glorieux mouvement révolutionnaire paysan armé du Telengana. Les classes de la bourgeoisie bureaucrate compradore et des propriétaires fonciers ont pris le pouvoir aux colons britanniques, et une campagne fasciste de répression fut menée par l’armée de Nehru-Sardar Vallabh Bhai. Des milliers de paysans et de combattants de la guérilla paysanne furent brutalement massacrés alors que se tenaient les négociations entre les révolutionnaires et le gouvernement. L’objectif du gouvernement dans ces négociations était de détruire le mouvement révolutionnaire armé du Telengana en faisant ployer les révolutionnaires.Toutefois, alors que des questions fondamentales telles que de véritables réformes agraires, la démocratie populaire et les problèmes amenés par la lutte armée du Telengana demeuraient irrésolus, l’éclatante paysannerie de Naxalbari a pris les armes et s’est battue pour les mêmes raisons. Une glorieuse rébellion paysanne armée a éclaté et s’est répandue comme un feu de prairie dans tous les coins du pays avec une perspective, un programme, une stratégie, etc. corrects à la lumière du marxisme-léninisme-maoïsme.

Après la fin du règne fasciste d’Indira, les dirigeants de divers groupes ML de droite ont tourné autour du Janata Party qui avait pris le pouvoir avec le slogan d’une restitution des droits démocratiques en se disant favorable à des négociations. Les pourparlers à cette époque ont ouvert la voie à ces groupes qui sont entrés dans la politique électorale. Ils les ont utilisés pour obtenir la libération de certains de leurs dirigeants et cadres, mais uniquement après avoir fait des promesses honteuses. Notre parti s’était ouvertement opposé et avait ouvertement critiqué une telle politique capitulationniste entrainant un enlisement dans la politique électorale. A cette époque, le fonctionnement de la Commission Bhargava, qui avait été formée par le gouvernement du Janata Party pour enquêter sur les meurtres lors de combats factices, fut interrompue à mi-chemin par les classes dirigeantes, mettant à la poubelle les slogans grâce auxquels ils avaient pris le pouvoir. Et c’est sur un gouvernement de cette sorte que ces groupes avaient de telles illusions. A l’époque, ils n’ont pas compris la nature de classe des classes dirigeantes et ne sont également pas parvenus à évaluer la condition politique concrète. Ces groupes ont petit à petit disparu de la scène de la révolution. Le mouvement révolutionnaire a éclaté dans une nouvelle recrudescence en Andhra Pradesh et au Bihar avec son programme de base, tout en combattant la répression étatique. Le mouvement s’est étendu à davantage de régions du pays.

En Andhra Pradesh, une fois en 1990 immédiatement après l’arrivée au pouvoir de Chenna Reddy, une autre fois en 1996 sous l’autorité de Chandrababu Naidu lorsque la répression s’est intensifiée à un niveau sans précédent, ainsi que plus tard, certaines propositions occasionnelles de pourparlers sont apparues au premier plan soit en provenance d’intellectuels gouvernementaux ou d’autres cercles. Les gouvernements étatiques d’alors ont toutefois intensifié la répression et n’ont montré aucune propension aux négociations. Rajasekhar Reddy est arrivé au pouvoir en 2004 avec comme programme de mener des pourparlers avec les maoïstes. Il est arrivé pour négocier après avoir fait tous les préparatifs pour déclencher de manière fasciste une campagne offensive contre nous et avec le projet d’une intensification sans précédent de la répression. Après un tour de négociations, le gouvernement a effrontément mis un terme au processus de pourparlers. Il n’a même pas laissé sa délégation signer officiellement au nom du gouvernement de l’état sur le programme décidé entre les délégations des deux camps. Le gouvernement YSR craignait l’intérêt montré par les vastes masses à l’égard de notre parti et de notre idéologie, ainsi que le rassemblement des gens autour de notre programme. Il a immédiatement eu recours à une offensive contre notre parti.

En même temps que les combats factices, une sévère répression fut déchaînée partout dans l’état. Le processus de négociations fut ainsi saboté. Voyant la réponse positive parmi les diverses sections de la population à l’égard des négociations, le gouvernement a demandé, à mi-parcours, aux maoïstes d’abandonner les armes et n’a même pas respecter le cessez-le-feu un seul jour durant la période décidée par les deux camps. Le gouvernement n’avait pas pour but de discuter le programme mis en avant par notre parti. Son objectif était de désarmer le parti et de le forcer à se rendre. Peu après que le stratagème pourri ait pris fin, la police de l’Andhra Pradesh a brutalement abattu le camarade Riaz, un membre de la délégation des partis maoïstes. Ce fut la première amère expérience pour notre parti dans la conduite de pourparlers de paix. Ceci est un exemple des véritables intentions des classes dirigeantes et de leurs maîtres impérialistes dans les négociations.

Le UPA dirigé par le Congrès est arrivé au pouvoir pour la deuxième fois et a déclenché la première phase de sa guerre contre le peuple, l’Opération Green Hunt. Dans le même temps, il a émis la proposition de pourparlers de paix à l’échelon central par l’intermédiaire de son ministère de l’Intérieur et des hauts dirigeants du Congrès, directement et indirectement. Des gens tels que Swami Agnivesh sont directement entrés dans l’arène pour faciliter les négociations. D’une part, le gouvernement central proposait des négociations aux dirigeants maoïstes et d’autre part, il tuait les hauts dirigeants de notre parti dans des combats factices ou les arrêtait et les mettait en prison. Notre Comité Central allait discuter et parvenir à une décision finale au sujet des pourparlers. Mais juste avant cela, le camarade Azad, membre de notre Politburo, fut capturé et tué dans un combat factice en juillet 2010. Ce meurtre a mis au jour la conspiration des classes dirigeantes qui se cachaient derrière leur proposition de pourparlers de paix. Il est apparu clair comme le jour que le gouvernement de Manmohan Singh n’était pas prêt à discuter sauf pour nous duper. Alors même que l’Opération Green Hunt s’intensifiait, certains ministres tels que le ministre de l’Intérieur et certains hauts dirigeants du Congrès parlaient parfois de pourparlers de paix. En plus du meurtre brutal d’un autre membre de notre Politburo, le camarade Kishenji, plusieurs autres de nos hauts dirigeants furent arrêtés et placés derrière les barreaux. Au Bengale aussi, avant d’arriver au pouvoir, Mamta Banerji avait parlé de négociations. Une fois en place, il ne lui a pas fallu longtemps pour révéler son vrai visage. Massacres d’habitants, combats factices, pillages, destructions et toutes sortes d’atrocités à l’encontre des femmes sont devenus des actes routiniers de la part des forces des états du Chhattisgarh, du Bihar, du Jharkhand, du Bengale occidental, de l’Andhra Pradesh, de l’Odisha et du Maharashtra. Lorsque Chidambaram était ministre de l’Intérieur et après que Shinde ait pris la relève, ils déclaraient ouvertement, tout comme les ministres de l’Intérieur des états, qu’il ne serait pas question de pourparlers de paix avant que les maoïstes ne rendent les armes, et que les maoïstes ne négocieraient pas tant que leur épine dorsale ne serait pas brisée, c’est à dire tant que leur hauts dirigeants ne seraient pas anéantis. Ils déclaraient que seules les forces du gouvernement avaient le droit de porter des armes, et disaient même que la loi n’autorise pas de mener des négociations avec une organisation interdite. Depuis le début, l’objectif des classes dirigeantes dans les pourparlers de paix est soit le désarmement des maoïstes comme pré-conditions aux négociations, soit le désarmement des maoïstes suite aux négociations.

Le gouvernement demandait aux maoïstes de rentrer dans le courant dominant, lui disant qu’il les réhabiliterait. Il déclarait que si les maoïstes mettaient en avant les doléances de la population, il les examinerait et résoudrait celles qui peuvent être résolues. Pour être précis, toutes les propositions de pourparlers de paix des classes dirigeantes ne sont que fumisteries. Aujourd’hui, une fois encore, des propositions directes et indirectes de propositions de pourparlers de paix nous proviennent des dirigeants du Congrès. D’autre part, toutes sortes de préparatifs pour une autre grosse offensive – troisième phase de l’Opération Green Hunt, sont conclus. Ils comprennent davantage d’implication de l’armée et de la force aérienne en plus du déploiement actuel d’environ 400.000 hommes des forces paramilitaires et des forces spéciales à travers le pays (ils ont déjà construit un tapis de sécurité semblable à celui du Cachemire dans chaque bastion de notre mouvement et à chaque point stratégique du mouvement de nos forces). La consolidation et l’expansion de ce tapis de sécurité, la construction de centaines de commissariats et de camps résistants aux attaques et de dizaines d’aérodromes et d’héliports avancent rapidement partout dans le pays dans nos zones de mouvement. Ils atteignent un niveau sans précédent de développement du réseau de renseignements dans les régions rurales, d’accroissement du réseau de communication, de la mise en place de plusieurs dizaines de centres d’entrainement pour les Special Forces, d’importation d’armes et de systèmes d’armement davantage avancés, d’intensification des opérations psychologiques utilisant les médias et de l’augmentation du rôle stratégique des paramilitaires, de la force aérienne et de l’armée. De vastes zones rurales ont été transformées en grands camps de concentration. Dans toutes ces zones, il n’y a aucune administration civile sur le terrain. Il n’y a qu’une administration dictée par la police et les paramilitaires. La répression contre les organisations de masse et les mouvements de masse, y compris les meurtres de ses dirigeants, est en cours. Un grand nombre de nos dirigeants centraux et plusieurs centaines de membres du parti, des cadres aux membres inférieurs, ont été incarcérés. Ils languissent en prison depuis plusieurs années sans procès. Les forces gouvernementales intensifient et étendent leurs opérations de bouclage et de recherche dans nos zones de mouvement au quotidien. Leur modèle dans la gestion des maoïstes est le modèle Saranda. Il s’agit d’un modèle qui suit les pas de l’Allemagne nazie d’Hitler. Les gouvernement du centre et des états font tous les préparatifs mentionnés ci-dessus d’une part, tandis que d’autre part, certains dirigeants du Congrès et certains chefs de gouvernement présentent des propositions de pourparlers de paix alors même que tout ceci se déroule sur le terrain. Dans un tel contexte, actuellement, notre position à l’égard des pourparlers de paix serait celle-ci:

1. Le gouvernement doit accepter que notre mouvement est un mouvement politique au sein de ce pays. Son programme concerne notre peuple et notre pays. Notre parti est l’avant-garde de ce mouvement. Nous menons une révolution démocratique nationale pour résoudre les problèmes fondamentaux des gens et du pays. Ces problèmes sont la raison de l’origine et de la poursuite de notre mouvement. Par conséquent, notre principal programme consiste en de véritables réformes agraires, la démocratie, un modèle de développement autosuffisant de l’économie, de l’agriculture, de l’industrie et des services et la souveraineté et d’une paix de longue durée pour développer le pays. Donc ils doivent comprendre et reconnaitre la cause première de ce mouvement, et s’ils souhaitent réaliser les intérêts des gens, ils doivent accepter que notre mouvement est un conflit interne ainsi qu’une guerre civile selon les lois internationales. Ce n’est qu’alors que des pourparlers de paix peuvent être menés de manière authentique et être productifs. Les organisations démocratiques les intellectuels progressistes et le peuple doivent comprendre clairement ceci et viser la paix.

2. L’interdiction du CPI(Maoist) et des organisations de masse démocratiques révolutionnaires dans notre pays doit être levée et les attaques contre leurs dirigeants et activistes doivent cesser.

3. Il faut mener une enquête judiciaire sur le meurtre du camarade Riaz et les coupables doivent être punis. Les tueurs qui ont assassinés le camarade Azad, lequel était impliqué dans le processus de négociations, doivent être arrêtés et punis.

4. Il faut empêcher les forces gouvernementales qui pillent, détruisent, mutilent, massacrent, commettent des atrocités contre les femmes dans les régions rurales, et qui tuent des dirigeants d’organisations de masse dans les régions urbaines en méprisant les lois et accords nationaux et internationaux. Il faut mener des enquêtes judiciaires sur tous ces incidents.

5. Afin de préserver nos dirigeants des conspirations des classes dirigeantes pour décimer le leadership de notre parti, une fois encore au nom des négociations, tous nos camarades vétérans en prison doivent être libérés en levant toutes les fausses accusations qui pèsent sur eux ou libérés sous caution. Ils doivent être autorisés à rencontrer notre comité central pour faciliter la décision sur l’équipe qui doit prendre part au dialogue avec le gouvernement”.