Il faut développer la guerre populaire pour combattre le fascisme hindou brahmanique et faire avancer la révolution de nouvelle démocratie.

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Varavara Rao Varavara Rao

Varavara Rao – 26 mars 2018

Les meurtres de Mohammad Akhlaq, du professeur M.M. Kalburgi et de Yakyb Memon sont devenus de multiples manières les symboles de la situation prédominant dans le pays sous le gouvernement BJP dirigé par Modi. Akhlaq a été matraqué à mort à son domicile de Dadri en septembre par des lyncheurs. Ils avaient été provoqués, mobilisés et dirigés par une bande de voyous sanghi. Ceux-ci avaient délibérément propagé la rumeur selon laquelle il aurait mangé du bœuf.

 

Le professeur Kulbargi a été abattu par des assassins fascistes hindutva[1]non-identifiés en raison de son opposition constante et irrépressible à leurs projets dans le Karnataka. Mamon a été pendu en juillet dernier à la prison de Nagpur après avoir été condamné pour les attentats de Mumbai en 1993 dans une parodie de procès.

 

Pour les gendarmes auto-proclamés de la « Hindu Rashtra », manger quelque chose de son choix est antinational, exprimer des opinions dissidentes est antinational, et même être le frère d’un musulman accusé de soi-disant activités antinationales est antinational – des « crimes qui sont punissables de mort selon les fascistes hindutva du mouvement Manuvadi.

Que l’exécution soit en réalité effectuée judiciairement par l’État ou par n’importe lequel des nombreux gangs meurtriers levés par la RSS – cela change peu de chose pour la personne à l’extrémité réceptrice.

 

Ces meurtres (et ceux plus tôt de Govind Phansade et de Narendra Dabholkar) ne sont que quelques-uns de ces incidents plus médiatisés dans ce qui est devenu une incessante pluie d’attaques exécutées sous diverses formes par les fascistes hindutva à travers le pays.

De telles attaques, et plus particulièrement depuis que le gouvernement BJP a pris le pouvoir, se multiplient sur une base quasi quotidienne. Bien que qualifiées par certains d’ « intolérance », cela fait partie d’une attaque globale des forces fascistes hindoues brahmaniques contre la population, affectant toutes les sphères de la vie des gens.

Ces attaques sont idéologiques, politiques, sociales, religieuses, ethniques, économiques, culturelles, juridiques et environnementales – exécutées par des moyens violents et non-violents, légaux et illégaux, constitutionnels et anticonstitutionnels.

 

Elles ciblent tous les types de divergences d’opinions et d’inféodations, et particulièrement le combat des organisations et des individus – révolutionnaires, démocratiques, laïques et patriotiques. Mais elles visent aussi les musulmans et les chrétiens, les Dalits et les Adivasis, les femmes et les autres genres opprimés, les nationalités opprimées et même les sections de l’opposition parlementaire.

 

En fait, tout qui refuse de se conformer à leur programme hindutva ou qui s’oppose à leurs diktats fascistes est une cible potentielle. En fait, alors que l’assaut des fascistes hindutva se fait de plus en plus visible dans toutes les sphères de la société et de l’État, on ne peut être blâmé de se demander si une large partie de la population n’est pas déjà contrainte de vivre dans l’ombre d’une véritable « Hindu Rashtra ».

 

Le fascisme hindou, même avec ses spécificités, partage de nombreuses caractéristiques avec les fascismes ayant émergé dans les pays capitalistes au cours de la période de crise économique, sociale et politique des années ’90, la grande dépression et l’intervalle entre les deux guerres mondiales entre puissances impérialistes.

 

Tout comme le fascisme indien et le nazisme allemand, l’hindutva est un phénomène de l’ère de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne, émergeant avec les partis, les institutions, les détachements armés et les gangs de droite ou fascistes dans les pays impérialistes capitalistes sous couverture démocratique parlementaire ou non. Le fascisme a surgi quand, à son stade ultime, le capitalisme est entré dans une période de crise générale et que le socialisme s’est présenté comme une véritable alternative aux peuples du monde après la victoire de la révolution bolchévique.

 

Le rôle des mouvements fascistes italiens, allemands, japonais et autres était à l’époque de répondre à cette menace existentielle à laquelle faisait face les classes dirigeantes impérialistes dans leurs pays respectifs.

 

Il s’agissait d’une offensive politique de la bourgeoisie contre le prolétariat pour sortir de ces sévères crises politiques et économiques. Ils poursuivaient une politique interne d’autorité terroriste ouverte et une politique étrangère d’agression et de guerres.

 

Sur le plan national, l’ennemi principal des fascistes était les organisations et les mouvements d’ouvriers et de masses laborieuses, les partis et les organisations prolétariennes révolutionnaires ainsi que les autres classes démocratiques, les minorités nationales et les migrants. Sur le plan international, leur première cible était le camp socialiste dirigé par l’Union Soviétique ainsi que les mouvements de libération nationale des colonies et des semi-colonies.

 

Ils ont mené une guerre contre-révolutionnaire contre les forces communistes et démocratiques à travers le monde jusqu’à ce que les guerres révolutionnaires et de libération nationale les aient finalement expédiés dans leur tombe.

 

Mais l’hindutva – la variante « made in India » du fascisme – a non seulement échappé au sort de ses contemporains européens et japonais, mais a prospéré au cours de ses cent dernières années d’existence. L’hindutva mêle des éléments du féodalisme de caste indien (tels que l’idéologie réactionnaire brahmanique et la notion profondément ancrée de supériorité innée, etc.) avec ces concepts modernes bourgeois (tels que la nation, la théorie de la race aryenne des intellectuels orientalistes coloniaux et leur formulation communaliste de l’histoire hindoue, et ainsi de suite) convenant aux intérêts des classes dirigeantes bourgeoises compradores et des institutions et forces sociales obsolètes.

 

Ils falsifient l’histoire pour inventer un glorieux passé à la « nation hindoue », ne tenant pas compte du fait que ni la communauté religieuse appelée « hindoue » ni la nation appelée « indienne » n’existaient avant la conquête britannique du sous-continent.

 

L’idée originale des premiers partisans de l’hindutva est l’utopie réactionnaire néo-brahmanique de « Hindu Rashtra » (nation) que les fascistes hindutva projettent comme le passé « glorieux » du pays et soutiennent comme étant l’idéal pour l’avenir « glorieux » du pays.

 

Ils cherchent à imposer cette idéologie fasciste aux hindous et aux non-hindous ainsi qu’à toutes les communautés, sections et classes sociales qui ne partagent pas leur conception communaliste de la société et de l’histoire.

 

Alors que les musulmans et les catholiques sont perçus comme des étrangers qu’il faut soit assimiler, mettre sur le bon chemin ou supprimer, les sikhs, les bouddhistes, les Dalits et les Adivasis sont considérés comme étant déjà hindous et sont inclus dans la « nation hindoue » contre leur gré.

 

Les valeurs, la culture et l’idéologie hindutva chauvine, hégémonique et hiérarchique leur sont imposées par la suppression, le contrôle ou la cooptation de leurs diverses cultures, langues, croyances et coutumes.

 

Cette idéologie fasciste de l’hindutva se reflète également dans la structure organisationnelle de l’organisation fasciste hindoue. La RSS, la Hindu Mahasabha, etc. qui furent créées au début des années ’20 sont extrêmement autoritaires et n’autorisent aucun différend avec les dirigeants.

 

Le commandement Sarsanghchalak correspond au dernier S de RSS et est admis sans le moindre questionnement. Dès leur lancement, les forces hindutva ont reçu le soutien et le patronage des grands propriétaires fonciers et de la grande bourgeoisie compradore, leur idéologie réactionnaire et leur structure organisationnelle autoritaire étant un outil utile pour leurs intérêts économiques et politiques.

 

Elles étaient également soumises aux autorités coloniales britanniques, appelant la population à lutter pour la « régénération nationale » à une époque où toutes les forces anti coloniales, démocratiques et patriotiques étaient engagées dans la lutte pour l’indépendance (Savarkar a rendu gloire au colonialisme en écrivant que « la gloire de l’empire britannique est grande » (V. D. Savarkar, Hindutva, p. 85, 166) ; Golwalkar a exprimé son mépris pour l’indépendance nationale en la qualifiant de « paquet incohérent de droits politiques » (M.S. Golwalkar, We or Our Nationhood Defined, p. 7).

 

Fidèles à leur nature compradore, les fascistes hindutva continuent à commémorer les collaborateurs et les traitres comme Savarkar comme des héros tout en dénonçant les authentiques nationalistes et patriotes tels que Tipu Sultan.

 

Les forces fascistes hindutva soutiennent la conciliation des classes antagonistes pour empêcher le développement d’une conscience de classe parmi les travailleurs et l’intensification d’une lutte de classes organisée.

 

Par exemple, la RSS avait écrit au premier ministre Nehru en 1948, « la Rashtriya Swayamsevak Sangh est la seule manière de relever le défi du communisme et c’est l’unique idéologie pouvant harmoniser et intégrer les intérêts de différents groupes et classes pour ainsi échapper avec succès à toute guerre de classes » (Lettre des responsables de la RSS au premier ministre Nehru, publié par Organizer, 23 octobre 1948). Ils se servent de l’adaptabilité traditionnelle au changement social dont fait preuve l’hindouisme en préservant, en protégeant et en renforçant tous ses aspects réactionnaires au service des classes dirigeantes – que ce soit les dirigeants coloniaux ou l’élite dirigeante indienne asservie à l’impérialisme qui a pris leur place.

 

Ils appuient la dictature conjointe des grands propriétaires fonciers et des grands capitalistes compradores en réprimant les classes démocratiques, attisant le chauvinisme communaliste et national, persécutant les minorités religieuses et opprimant les nationalités minoritaires, les Dalits, les Adivasis et les femmes.

 

D’un point de vue idéologique, les perspectives mondiales métaphysiques, idéalistes et subjectives de l’hindutva sont des adversaires purs et durs de toutes les formes d’approche scientifique, matérialiste, rationnelle, objective et dialectique pour comprendre et changer le monde – avant tout l’approche marxiste de socialisme scientifique et de matérialisme dialectique historique.

 

L’endoctrinement idéologico-politique, la démagogie sociale, le chauvinisme national et religieux, la propagande « goebblesienne », la cooptation et le rachat – tous les moyens, loyaux ou non, font partie de leur arsenal pour rallier un section des larges masses et pour terroriser les autres.

 

Ils se servent parfaitement de la crédulité, du sous-développement culturel, de l’ignorance et des contradictions des masses ainsi que des aspects réactionnaires présents dans la culture populaire et les valeurs sociales enracinées dans le système semi-colonial et semi-féodal du pays.

 

Ils se livrent constamment au mensonge, à la tromperie, à l’hypocrisie et au subterfuge pour manipuler l’opinion publique et pour tromper, fourvoyer et diviser les masses – agissant souvent à l’opposé de ce qu’ils disent, leurs paroles étant en total désaccord avec ce qu’ils font.

 

Ils utilisent les produits de la science moderne et de la technologie pour asservir les masses et atteindre leurs objectifs réactionnaires culturels, politiques, économique et sociaux.

 

Le fascisme hindutva s’est adapté à l’évolution de la situation et s’est servi de toutes les formes disponibles pour répandre ses tentacules les plus fourbes, fallacieuses et sanglantes. Contrairement à son idéologie et à ses objectifs déclarés, il s’est engagé à ne faire usage que de moyens non-violents, déclarant son adhésion à la Constitution indienne tout en se présentant comme une simple organisation culturelle (comme l’a fait la RSS après l’assassinat de Gandhi pour faire lever son interdiction) – mais il ne s’y conforme pas dans la pratique.

Comme son homologue nazi, il a utilisé le système parlementaire pour prendre le pouvoir conformément à ses objectifs.

 

De la création du Bharatiya Jana Sangh en 1951 à la formation du premier gouvernement BJP au niveau central en 1997, le fascisme hindutva a gagné du terrain dans de nombreuses régions du pays en travaillant sous une couverture de politique parlementaire. Mais comme le montrent les cas des troubles de Ram Janmabhoomi, le Rath Yatra, la démolition de la Babri Masjid, le bain de sang de musulmans en ayant résulté dans beaucoup de régions du pays, le pogrom du Gujarat et des innombrables grands et petits actes de haine, il a utilisé des méthodes terroristes violentes et extra-parlementaires à des fins parlementaires.

 

Il a essentiellement obtenu une certaine réussite dans sa tactique, parce que son opposition parlementaire – que ce soit le Congress, le CPI-CPI(M) révisionniste ou d’autres partis régionaux – s’est révélée inefficace à mettre un terme à la marche en avant du fascisme hindutva.

 

En fait, ces partis de la classe dirigeante ont eux-mêmes de nombreux adhérents hindutva déclarés ou déguisés en leur sein, et ont contribué au développement du fascisme hindutva dans leur collaboration de classes et leur politique opportuniste. Depuis les élections parlementaires de 2014, le BJP a émergé comme le plus grand, le plus puissant et le parti panindien préféré des capitalistes compradores bureaucratiques et des propriétaires fonciers soumis aux impérialistes. Il a, en cela, supplanté le Congress.

 

Comme tous les fascismes du passé, le développement actuel du fascisme hindutva a pris place au milieu d’une crise aiguë du système capitaliste mondial qui a débuté en 2008 et n’a montré aucun signe sérieux de redressement depuis. Les tendances fascistes de diverses nuances sont une fois encore en plein essor dans le monde entier.

 

En Inde aussi, la vieille méthode de gouvernement de l’UPA dirigé par le Congress est maintenant inadaptée pour les classes dirigeantes indiennes étant donné la situation de crise actuelle. Le BJP dirigé par Modi fut par conséquent catapulté au pouvoir lors des dernières élections pour réaliser de façon plus agressive et impitoyable le programme de « réformes » néo-libérales – par des moyens fascistes si nécessaire.

 

Le BJP, grâce à son idéologie hindutva néo-fasciste et à son large réseau d’organisations fascistes travaillant dans de nombreux domaines, dans presque toutes les régions et parmi toutes les sections sociales, était le plus qualifié pour le poste.

 

Le rythme « lent » des réformes néo-libérales du FMI et de la Banque Mondiale et les hold-up dans l’ouverture de tous les secteurs de l’économie aux grands capitaux indiens et étrangers ont conduit le BJP et ses alliés du NDA à écraser une pléthore de changements politiques de manière parlementaire ou extra-parlementaire.

 

Affichant un majoritarisme pur basé sur sa majorité absolue à la Lok Sabha, le gouvernement BJP dirigé par Modi impose ses politiques, utilisant l’argument fasciste du mandat populaire pour mettre en œuvre tous types de programmes et de politiques selon leur volonté.

 

Il convient de noter que les fascistes en Italie et les nazis en Allemagne avaient eux aussi remporté la majorité des sièges aux élections parlementaires et avaient utilisé cette majorité brute pour imposer leurs politiques. Alors que l’économie du pays plonge de plus en plus dans l’abîme de la récession et de la crise, les fascistes hindutva dirigés par Modi adoptent des mesures désespérées pour satisfaire leurs maitres – les impérialistes.

 

D’une part, les grands capitalistes et propriétaires fonciers se font inonder d’énormes rentrées financières grâce à l’introduction de nouvelles lois pro-entreprises et de changements dans les lois existantes, de réduction d’impôts et d’exonérations fiscales temporaires, de dispenses de créances et de restructuration de dettes, de désinvestissement. De cette manière, les biens du gouvernement sont cédés pour presque rien, et ce par de nombreux moyens légaux et illégaux.

Une série de lois existantes liées au bien-être de la population telles que la législation du travail, les lois donnant droit aux paysans à un subside et à une compensation, la pension, la pension de retraite et les règlementations d’assurance pour les classes salariées, les lois liées à la sécurité sociale, à la santé et à l’éducation, etc. sont transformées par le gouvernement qui les qualifie de vieilles et obsolètes, tandis que les vieilles lois coloniales utilisées pour réprimer le peuple sont non seulement conservées mais renforcées par de nouveaux amendements.

 

Le gouvernement introduit des procédés tels que la « formation professionnelle » pour préparer quelques millions de chômeurs à un travail d’ouvriers qualifiés bon marché pour répondre aux besoins de l’économie capitaliste mondiale et des gros capitalistes indiens.

La dramaturgie du débat se joue dans la porcherie du parlement par les partis au pouvoir et l’opposition indifféremment, mais tous les projets de lois et les politiques sont finalement adoptés dans une entente mutuelle.

 

D’autre part, les dépenses gouvernementales pour l’agriculture et l’industrie, la protection sociale et les aides sociales, l’éducation et la santé, l’eau et le logement, etc. sont drastiquement réduites au nom de la discipline fiscale et de l’austérité.

 

Les droits économiques et politiques obtenus par le peuple de longue et âpre lutte – que ce soit les ouvriers, les paysans, les ouvrières, les employés, les salariés et tous les autres issus des classes moyennes – sont petit à petit supprimés pour servir les intérêts des impérialistes et des classes dirigeantes indiennes.

 

Il introduit une pléthore de nouvelles politiques dans tous les domaines – économie, éducation, santé, environnement, sécurité sociale et ainsi de suite. L’investissement étranger qui ne fait que renforcer le nœud coulant de l’impérialisme est présenté par le gouvernement comme étant la panacée pour tous les problèmes économiques qui assaillent le pays.

 

Articulant silencieusement de pieux discours sur la « justice environnementale », le gouvernement se met même à supprimer les restrictions homonymes restantes sur les zones sensibles d’un point de vue environnemental pour y inviter les investissements étrangers et maximiser l’exploitation des ressources naturelles.

 

En délivrant à tort et à travers des autorisations pour l’extraction minière, la construction de barrages, d’autoroutes, de ports, de logements, d’industries et autres projets ainsi qu’à toutes sortes de services dans ces régions fragile d’un point de vue écologique, il offre une invitation ouverte à une destruction écologique sans précédent et à la pollution, sans parler de l’expropriation à grande échelle de la population. Incapables de répondre aux problèmes fondamentaux des masses ou de tenir leurs grandes promesses pré-électorales, Modi et ses ministres ont recours à des stratagèmes et à la « gestion de la perception ».

 

Suivant le modèle de Joseph Goebbels, champion de la propagande, le gouvernement de Modi fait énormément usage des médias papiers, électroniques et digitaux pour manipuler en douce l’opinion publique, pour tromper les masses par des mensonges et des supercheries et pour faire l’article du programme pro-impérialiste et pro-hindutva qu’il tente de mettre en œuvre.

 

Les médias sont contrôlés de manière claire mais aussi déguisée pour monopoliser les moyens de dissémination de l’information. Les expressions telles que « développement », « émancipation » des pauvres, des Dalits et des Adivasis, des femmes et autres « sections plus fragiles », « Sadbhavana-Shanti-Suraksha », « construction d’une nation », « intérêt national » et autres sont bombardées sans relâche de manière goebblesienne.

 

Les organisations de la Sangh Parivar utilisent elles aussi les médias de masse pour cacher le véritable visage du fascisme hindutva, pour modeler l’opinion publique en faveur de son programme et pour transformer les illusions en réalité. L’hypocrisie dans les mots et dans la pratique est une marque de fabrique des fascistes hindutva.

 

La fascisation graduelle de l’État se déroule parallèlement à ce processus. Que ce soit la bureaucratie, le système judiciaire, les forces armées, les prisons ou tout autre branche de l’État – le gouvernement BJP place à des postes du haut de l’échelle des partisans hindutva partout où il peut.

 

Les forces militaires, paramilitaires et de police sont fascisées plus avant durant leur formation et leur service par des fascistes hindutva qui se servent du pouvoir d’État.

On leur inculque un pseudo patriotisme et les concepts préférés de l’hindutva tels que l’unité et l’intégrité du pays, l’intérêt national, la guerre contre le terrorisme, etc.

 

Ainsi, on les rapproche du camp hindutva et on les prépare au niveau idéologique à écraser impitoyablement la population et toutes les formes de mouvements démocratiques au nom de la défense du pays et de la nation, de la religion et des croyances, de la civilisation et la culture, etc.

 

Plaçant le masque de Narendra Modi en première ligne, la Sangh Parivar tente d’étendre sa base sociale en introduisant quelques programmes d’allocations sociales populistes tels que « Beti Bachao-Beti Padhao », « Jan Dhan Yojana », « Swacch Bharat Abhiyan », etc.

 

Comme toutes les forces fascistes passées, le gouvernement NDA et la Sangh n’ont recours à ces mesures populistes que pour faciliter une exploitation et une répression plus intense des masses travailleuses et des groupes sociaux opprimés sans susciter aucune résistance générale.

 

Ils font une nouvelle tentative de « safranisation » de l’éducation par l’intermédiaire de mesures telles que la réécriture des manuels scolaires, de changements dans les syllabus, l’imposition du sanscrit, du yoga et de rituels hindous dans les écoles et d’autres mesures de ce type. Le gouvernement Modi a accru son ingérence dans les affaires internes des universités et de toutes les autres institutions autonomes dans le but d’imposer le programme fondamentaliste hindutva.

 

Cela s’ajoute à l’intensification de la politique du gouvernement précédent de promotion de la privatisation de l’éducation. Ils font agressivement l’éloge de personnalités de la RSS telles que Savarkar, Shyama Prasad Muhkerjee et Deen Dayal Upadhyaya, etc.. Ils donnent systématiquement aux routes, institutions publiques, programmes d’aide sociale, etc. les noms de personnalités liées à leur idéologie. Ces mesures rendent le penchant pro-riches, pro-hindous, pro-castes supérieures de l’État encore plus prononcé.

 

Les musulmans et leurs organisations sont visés par l’État au nom du combat contre le « terrorisme islamique », alors que la discrimination contre les minorités religieuses se fait de plus en plus menaçant. Alors que l’État laisse toute latitude aux contrevenants du camp safran, y compris aux assassins impliqués dans le massacre de musulmans, de rigoureuses sanctions, dont la prison à vie et la peine de mort, sont appliquées aux musulmans poursuivis.

 

Un grand nombre d’entre eux subissent des détentions de longue durée sans avoir été jugé. Les fascistes hindutva posent les minorités religieuses comme des ennemis face à la population afin que celle-ci exprime sa frustration et sa colère grandissante par des canaux inoffensifs.

 

Ils ciblent de la même manière les Dalits, les Adivasis, les femmes, les nationalités opprimées, les rationalistes, les athéistes, les démocrates, les communistes ou même l’opposition parlementaire – tout qui s’oppose à eux. Tous ceux qui se battent pour une véritable démocratie, l’indépendance, la souveraineté et l’autonomie ou qui mettent en avant les exigences démocratiques fondamentales de la population sont soumis à la violence brutale de l’État ou de la terreur safran.

 

Des milliers d’attaques de ce type ont été exécutées en une année et demi de règne de Modi, et ce chiffre augmente. Le nombre croissant d’incidents liés à l’intolérance à travers le pays font aussi partie intégrante des desseins fascistes hindutva.

 

Au niveau international, le gouvernement BJP et les fascistes hindutva cherchent à ce que l’Inde obtienne le statut de « grande puissance / super puissance » en collaborant plus étroitement avec l’impérialisme américain et en réclamant un rôle plus important dans les affaires internationales.

 

Pour tenter de transformer le pays en un solide avant-poste des puissances impérialistes américaines et autres, la NDA et la RSS mènent une politique de ramdam chauvin et expansioniste pour s’affirmer comme une grande puissance en Asie du Sud.

 

Elles hurlent leurs piques chauvines contre le Pakistan et la Chine et réclament l’intensification du combat contre le « terrorisme islamique » en se rapprochant de la politique étrangère américano-israélienne.

 

Guidées par l’idée hégémonique de la Hindu Rashtra et du Akhand Bharat, elles suivent les politiques expansionistes des gouvernements précédents de manière encore plus agressive, interférant dans les affaires intérieures des pays voisins tels que le Népal, peu respectueuses de leur souveraineté, s’attirant ainsi la colère de leurs peuples.

 

Par conséquent, leur attaque fasciste hindutva totale devient insoutenable, non seulement pour les masses indiennes, mais aussi pour les peuples des pays voisins.

 

En dépit de certaines similitudes, le fascisme hindutva n’est toutefois pas le nazisme de l’Allemagne d’Hitler ni le fascisme de l’Italie de Mussolini. La base matérielle du fascisme hindutva repose sur les conditions sociales du pays et les rapports de production arriérés.

 

Ces rapports de production servent principalement les intérêts du féodalisme et du capitalisme bureaucratique compradore lesquels sont profondément intégrés au capital monopolistique impérialiste, ils en dépendent et lui sont soumis.

 

Cela entraine un type de fascisme particulier à notre pays et à tout pays semi-colonial et semi-féodal – le fascisme féodal compradore.

 

En conséquence, les fascisme hindutva est forcément plus fragile et instable que ses homologues dans les pays capitalistes. Comme le soulignait Dimitrov, il ne peut pas ici être question de voir « le type de fascisme que nous avons coutume de voir en Allemagne, en Italie ou tout autre pays capitaliste » (Dimitrov, Septième Congrès du Comintern, 1935).

Le fascisme féodal compradore, de par sa nature compradore, est incapable d’égaler le fascisme des pays impérialistes.

En outre, l’idéologie brahmane réactionnaire, anti-populaire, non-scientifique, hiérarchique, discriminatoire et oppressive et le système jati-jarna pourri qui lui est associée n’ont jamais été acceptés sans difficulté.

 

Elle est confrontée, depuis le jour-même de son lancement, à une incessante résistance idéologique, politique et autre, y compris à une résistance violente des masses travailleuses opprimées. Les charvakas, les sankhyas et les bouddhistes des temps anciens ; les ravidas, les kabirs et les autres au Moyen-Âge ou Jotiba Phule et Savitribai, Shahuji Maharaj, Ambedkar, Periyar et plusieurs autres représentants des Dalits, des Adivasis, des femmes et des forces démocratiques révolutionnaires de l’ère moderne ont, chacun à leur manière, pris part à cette histoire ininterrompue de résistance.

 

Les habitants du pays, soutenu par les peuples révolutionnaires et démocratiques du monde, bloquent une fois encore le fascisme hindutva néo-brahmanique.

 

Il n’est donc pas plausible qu’ils établissent la « Hindu Rashtra » de leurs rêves. Celle-ci nécessiterait la transformation de l’autorité semi-fasciste actuelle (avec un fascisme à peine voilé dans certaines régions du pays telles que certaines zones du Dandakaranya, du Bihar-Jharkhand, du Jammu et Cachemire et du nord-est) pour atteindre une pure autorité néo-fasciste totale partout dans le pays.

 

En fait, le niveau actuel sans précédent de l’attaque fasciste hindutva généralisée fait face à une large résistance dans le pays. Les manifestations contre le terrorisme safran et la fascisation de l’État se poursuivent, de plus en plus de personnes y joignant leur voix.

 

L’indignation générale contre l’assassinat des professeurs Kulbargi et Akhlaq et, dans une moindre mesure l’assassinat judiciaire de Yakub Memon a fait avancer ce mouvement antifasciste.

 

Récemment, des centaines d’auteurs, d’artistes, d’universitaires, d’acteurs, de journalistes, de réalisateurs et d’autres personnes issues des milieux littéraires, culturels et académiques ont rendu les récompenses qu’ils avaient reçues de la part du gouvernement dans une protestation hors pair contre les attaques et la menace croissante du fascisme hindutva.

 

Leur opposition à la persécution des minorités, à l’attaque contre les droits démocratiques et civiques fondamentaux, y compris contre la liberté d’expression et la divergence d’opinion et aux tentatives d’imposer un contrôle et des préceptes, a fait boule de neige en une véritable avalanche de protestations.

 

Un grand nombre de manifestations, de grèves, de réunions, etc. sont organisés tous les jours à travers le pays. Les populations de pays étrangers expriment aussi leur condamnation du fascisme hindutva croissant, contrastant nettement avec le blanchiment opportuniste des crimes gouvernementaux de Modi et de ses compères.

 

La récente explosion de colère de ceux qui luttent pour que les Patidars puissent bénéficier de quotas contre les symboles de l’État tels que les commissariats démontre que même les lieux comme le Gujarat, autrefois considérés comme des bastions hindutva, ne sont désormais plus sûrs en raison de la frustration et de la colère croissante de la population. Cette population qui permettra sûrement aux fascistes hindutva de se rendre compte qu’ils ne constituent qu’une petite minorité dans le pays et qu’ils représentent des forces obsolètes, c’est-à-dire les classes dirigeantes réactionnaires et leurs partisans.

 

La vaste majorité des habitants du pays n’adhérera pas à leur idéologie réactionnaire et n’acceptera pas non plus l’imposition de force du majoritarisme hindou sans broncher. Tôt ou tard, le BJP et la Sangh Parivar réaliseront qu’il n’est pas drôle d’être les larbins de l’impérialisme.

 

Le MIB exprime sans équivoque sa solidarité révolutionnaire à tous ceux qui prennent part à ce combat commun – les forces révolutionnaires, démocratiques, patriotiques et laïques, les ouvriers et les paysans, les minorités nationales et religieuses, les Dalits et les Adivasis, les pauvres en milieu rural et la classe moyenne en milieu urbain, la bourgeoisie nationale, les étudiants, les professeurs et les intellectuels, les universitaires, les historiens, les écrivains, les artistes, les acteurs, les militants, les journalistes, les médecins, les scientifiques, les chercheurs, les femmes, les LGBT, les handicapés, les vieux et les jeunes et les gens de tous les milieux qui s’opposent à l’esclavage fasciste hindutva.

 

S’inspirant de l’expérience du prolétariat international et des forces démocratique pour vaincre le fascisme, nous appelons toutes les classes, communautés, sections et groupes opprimés et exploités à s’unir pour devenir une puissante force contre le fascisme hindou brahmanique et pour mener une lutte prolongée afin de l’enterrer une bonne fois pour toutes.

 

Étant entendu que le fascisme ne peut être totalement déraciné que par la voie révolutionnaire et non par des moyens révisionnistes, réformistes et parlementaires ou par l’intermédiaire de « victoires » électorales sur le BJP, le MIB vous demande à vous tous de renforcer la guerre révolutionnaire agraire armée en cours dirigée par le PCI(Maoist) pour instaurer une république populaire véritablement démocratique, indépendante, souveraine et autonome qui sera le véritable cimetière définitif du fascisme hindutva.

[1]Hindu Rashtra – Indianité – concept politique nationaliste de protection du patrimoine indien face aux « idéologies » venues de l’étranger