Pourquoi l’opération « Green Hunt » est-elle une opération génocidaire ?

Share:
Pourquoi l’opération « Green Hunt » est-elle une opération génocidaire ? Pourquoi l’opération « Green Hunt » est-elle une opération génocidaire ?

Un article de Adolfo Naya, anthropologue social et militant.

Dans une analyse comparative de plus de deux ans des génocides et de la stratégie contre-insurrectionnelle appelée « Hearts and Minds » qui fut mise en œuvre en Malaisie, en Indonésie, au Guatemala, au Salvador ou au Pérou ; l’étude révèle les pratiques génocidaires utilisées dans le passé par cette stratégie contre-insurrectionnelle ainsi qu’actuellement en Inde avec l’opération « Green Hunt ». 

On retrouve, dans les études menées sur le génocide jusqu’à présent, certaines pratiques sociales ayant des procédures semblables dans tous les cas : la planification par l’État de l’extermination d’un groupe humain et l’utilisation, par ce même État, d’un langage déshumanisant pour élever les consciences et légitimer socialement face à la population le fait qu’il faille exterminer ce groupe. 

Dans le même temps, il procède à la détention et à l’extermination physique sélective de dirigeants sociaux et politiques en mesure de créer un autre type de discours politique contre les mesures que l’État à l’intention de prendre. Il entreprend également l’internement du groupe à exterminer dans des camps de concentration où il régule tous les aspects de la vie tels que les naissances, le régime alimentaire ou la santé. 

Finalement, l’extermination finale du groupe humain a lieu. Dans ce cas, en tant que responsables de la continuité de la vie du groupe, ce sont les femmes et les enfants qui sont les premiers à subir toutes sortes d’atrocités, de la stérilisation aux expériences médicales en passant par le viol avant de se terminer par l’extermination physique. 

De la même manière, il y a un intérêt économique dans tout génocide, que ce soit pour la défense du statut de l’État bourgeois pour lui permettre de maintenir ses rapports d’exploitation avec les classes ouvrières ou de saisir les terres, les ressources naturelles ou les biens. L’État et les nouveaux rapports sociaux s’économisent grâce à l’acte même du génocide. 

Les actions ordinaires qui se répètent systématiquement dans tous les génocides et dans la stratégie contre-insurrectionnelle « Hearts and Minds » sont : 

Exécutions sélectives au cours desquelles la population est abattue individuellement et collectivement. Tentative d’exécution extrajudiciaire entraînant des blessures. Traitement cruel, inhumain ou dégradant. Massacres sélectifs et indiscriminés. Enlèvement. Destruction et mise à feu de villages. Viols individuels et collectifs de femmes. Interrogatoires sous la torture de personnes capturées ou suspectées de collaborer avec les guérilleros. Contrôle et encerclement de communautés déplacées, empêchant l’accès aux médicaments et aux aliments nécessaires à la survie des populations. Concentration de groupes ethniques et de populations civiles dans des camps gérés par le gouvernement ou des groupes paramilitaires. Opérations de poursuite et de pillage afin d’identifier des zones refuge afin de capturer et/ou d’exécuter la population.

La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (CPRCG) dit : Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel.

Dans le cas de l’opération « Green Hunt » développée par le gouvernement indien :

Assassinat de membres du groupe

Par exemple : Bijapur, 28 juin 2012 ; Malkangiri, 23 octobre 2016 ; Gadchiroli, 23 avril 2018.

Sérieux préjudices à l’intégrité physique et mentale de membres du groupe

Dans cette caractéristique du génocide, nous pouvons formuler les différents exemples de violence sociale tels que le « test naxalite » ou les violences sexuelles à l’encontre des femmes adivasis et dalits. 

Soumission intentionnelle du groupe à des conditions de vie qui conduiront à sa destruction physique, totale ou partielle

C’est le cas de 350.000 Adivasis de l’état du Chhattisgarh qui furent contraints à quitter leurs villages pour aller vivre dans des camps fortifiés (camps de concentration) des militaires et des paramilitaires de la Salwa Judum, ainsi que l’incendie volontaire de leurs villages, le pillage de nourriture, etc. C’est aussi le cas de la politique d’expulsion des populations des forêts et des terres pour se mettre à exploiter leurs ressources naturelles, ce qui met en péril les moyens de subsistance des Adivasis et des Dalits. 

Mesures pour empêcher les naissances au sein du groupe

En 2012, dans l’état du Chhattisgarh, environ 7000 femmes ont été soumises à des opérations forcées d’ablation de l’utérus. Bien que le gouvernement indien ait, pendant un moment, exclu certaines communautés adivasis de son programme de stérilisation forcée en raison du manque d’enfants dans ces populations, celui-ci a repris en 2012 dans toutes les communautés adivasis. 

Comme nous l’avons expliqué au regard de l’usage des violences sexuelles comme arme de guerre, celles-ci sont un autre facteur important pour empêcher les naissances au sein du groupe. 

Au vu des caractéristiques révélées dans cette enquête, il est assez évident que les attaques menées en Inde contre les peuples adivasis et dalits – tant ceux qui résistent pacifiquement que ceux qui appartiennent au mouvement maoïste armé – sont un génocide. Il est évident que « partiellement », certains groupes nationaux en Inde sont éliminés dans le but de transformer les rapports sociaux au sein de la nation elle-même. 

L’anéantissement n’est pas spontané : il s’agit d’une destruction systématique pour éliminer la « section insurgée » et transformer le reste des groupes nationaux, redéterminant leur façon d’être, leurs rapports sociaux, leur destin et leur avenir. Il s’agit de l’anéantissement de ceux qui résistent et mènent les rapports sociaux et économiques d’une autre manière. Il s’agit d’une guerre de classe mise en œuvre dans sa phase supérieure, le génocide. 

C’est pour cette raison que l’unique alternative pour la survie des militants adivasis, dalits et naxalites qui croient en une autre société est un changement radical dans la société semi-féodale et semi-colonial indienne ; ainsi qu’une solidarité et un soutien internationaux pour mettre fin à ce massacre et progresser dans l’objectif de construire une nouvelle société sans classes, castes, racisme ou patriarcat.